Le mot est lâché, et il est explosif. Le Comité de suivi des retraites recommande de sous-indexer les pensions par rapport à l'inflation dans les prochaines années, jugeant la situation financière du système « alarmante » à long terme, rapporte AEF Info.

« Sous-indexer », qu'est-ce que ça veut dire ?

Derrière ce terme technique se cache une idée simple : revaloriser les pensions moins vite que l'inflation. Chaque année, les retraites sont en principe augmentées pour suivre la hausse des prix et préserver le pouvoir d'achat. Sous-indexer, c'est accorder une revalorisation inférieure à cette hausse. Résultat : à la fin, le pouvoir d'achat des retraités s'érode, un peu chaque année.

Concrètement, le comité propose une trajectoire étalée : une sous-indexation d'environ 0,8 point en 2026, puis 0,4 point par an jusqu'en 2030, soit un total de l'ordre de 2,4 points sur la période, détaille Boursorama. L'objectif affiché : ramener le système à l'équilibre à l'horizon 2030.

Le diagnostic : un problème de recettes

Le comité fonde sa recommandation sur un constat de déséquilibre financier durable du système de retraite, appelé à se creuser dans les décennies à venir. Comme d'autres organismes, il souligne toutefois que ce déficit tient davantage à un manque de recettes qu'à un excès de dépenses, une nuance qui pèse lourd dans le débat sur les solutions à privilégier.

Les experts écartent, par ailleurs, un retour de l'âge légal de départ à 62 ans, estimant que la question des retraites ne peut être traitée isolément du reste de l'économie.

Un sujet politiquement à vif

La proposition tombe dans un contexte déjà tendu. La réforme des retraites de 2023, qui a repoussé l'âge légal de départ de 62 à 64 ans, reste vivement contestée. Toucher, en plus, à la revalorisation des pensions revient à rouvrir une plaie sensible.

Car la mesure ne serait pas indolore : pour des millions de retraités, notamment les plus modestes, une revalorisation durablement inférieure à l'inflation se traduirait par une perte de pouvoir d'achat bien réelle, au fil des courses et des factures.

Les syndicats vent debout

Sans surprise, la piste fait bondir les organisations syndicales. Pour l'UNSA, la sous-indexation « n'est pas la solution » : faire porter l'effort sur les pensions revient, selon elle, à demander aux retraités de payer le déficit, au lieu de chercher de nouvelles recettes. D'autres syndicats plaident, dans le même esprit, pour agir sur le financement plutôt que sur le niveau des pensions.

Le débat est désormais posé. La recommandation du comité n'a rien d'automatique : il reviendra au gouvernement de décider s'il la suit, en partie ou pas du tout. Mais elle installe, une fois de plus, la question du financement des retraites au cœur de l'agenda, dans un pays où le sujet reste l'un des plus inflammables qui soient.