C'est une opération que les conservateurs préparaient de longue date, et que beaucoup redoutaient. Le décrochage de la tapisserie de Bayeux a commencé, première étape de son transfert vers le British Museum de Londres, rapporte franceinfo.

Une œuvre unique au monde

La tapisserie de Bayeux n'est pas une tapisserie à proprement parler, mais une broderie de laine sur toile de lin, longue d'environ 70 mètres. Réalisée au XIe siècle, elle raconte, comme une bande dessinée avant l'heure, la conquête de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant et la bataille de Hastings, en 1066. Ce témoignage exceptionnel du Moyen Âge est inscrit depuis 2007 au registre Mémoire du monde de l'Unesco.

Depuis des siècles, elle est intimement liée à la Normandie, où elle est conservée et présentée au public à Bayeux. C'est dire si son départ, même temporaire, ne va pas de soi.

Un prêt inédit depuis mille ans

Ce qui rend l'événement historique, c'est justement son caractère inédit. Jamais, depuis sa création il y a près de mille ans, l'œuvre n'avait fait l'objet d'un déplacement d'une telle ampleur, ni traversé la Manche, souligne Libération. Elle retrouvera donc, pour la première fois, le pays dont elle relate la conquête.

Le prêt s'inscrit dans un accord franco-britannique conclu à la suite d'une annonce d'Emmanuel Macron en 2025, dans une logique d'échange culturel entre les deux pays. L'exposition doit se tenir au British Museum, qui la présentera à partir de septembre 2026 et jusqu'à l'été 2027.

Des inquiétudes légitimes

Mais le voyage suscite aussi de vives inquiétudes. Compte tenu de l'âge et de la fragilité de l'œuvre, plusieurs experts ont exprimé des réserves, redoutant les effets du décrochage, de la manipulation et du transport sur une broderie millénaire. Une pétition a même circulé pour alerter sur ces risques.

Les autorités et les équipes de conservation assurent, de leur côté, avoir prévu un protocole extrêmement rigoureux pour sécuriser chaque étape. L'enjeu est de taille : il s'agit de faire voyager, sans le moindre dommage, l'un des plus précieux trésors du patrimoine français.

Bayeux dans l'attente

Pendant l'absence de sa vedette, la ville de Bayeux ne restera pas les bras croisés. Le musée qui abrite habituellement la tapisserie doit profiter de cette période pour engager des travaux de rénovation, afin d'offrir, au retour de l'œuvre, un écrin modernisé.

Reste que, pour la cité normande, ces mois sans sa tapisserie représentent un pari : celui d'un rayonnement accru, à Londres, en échange d'une absence temporaire. Si le pari est tenu, et si l'œuvre revient intacte, ce prêt hors norme pourrait bien devenir un modèle de coopération culturelle entre la France et le Royaume-Uni.