Le champion français de l'intelligence artificielle change de dimension. Mistral AI a dévoilé Robostral Navigate, son premier modèle conçu non plus pour dialoguer, mais pour piloter des robots, rapporte L'Usine Digitale.

De l'IA qui parle à l'IA qui bouge

Jusqu'ici connue pour ses modèles de langage, la start-up fondée en 2023 s'aventure sur le terrain de l'IA physique (ou « embodied AI ») : celle qui permet à une machine de percevoir son environnement et de s'y déplacer. Robostral Navigate est ainsi pensé pour la navigation autonome de robots, dans des bureaux, des bâtiments ou en extérieur, détaille Mistral.

La particularité du modèle tient à sa sobriété technique. Là où beaucoup de systèmes concurrents dépendent de coûteux capteurs de profondeur ou de LiDAR, Robostral Navigate se contente d'une simple caméra et d'instructions formulées en langage naturel pour décider du prochain déplacement. Il fonctionnerait, selon l'entreprise, avec des robots de tailles et de formes variées, à roues comme à pattes.

Des performances mises en avant

Mistral revendique des résultats de premier plan, souligne Génération NT. Sur un test de référence du secteur, mesurant la capacité à suivre des instructions dans des environnements inconnus, le modèle afficherait un taux de réussite de 76,6 %, devançant les meilleures solutions à caméra unique et, selon l'entreprise, certains systèmes pourtant équipés de capteurs plus sophistiqués.

Ces chiffres, communiqués par Mistral, devront être confirmés par des usages réels. Mais ils traduisent l'ambition affichée : proposer une brique logicielle efficace et moins gourmande en matériel, plus facile à déployer à grande échelle.

Un enjeu de souveraineté

Au-delà de la prouesse technique, cette annonce est stratégique. La robotique et l'IA physique sont devenues un champ de bataille mondial, où s'affrontent acteurs américains et chinois, notamment autour des robots humanoïdes. En s'y positionnant, Mistral, présenté comme le principal espoir européen face aux mastodontes du secteur, cherche à ne pas laisser ce terrain aux seuls géants étrangers.

C'est aussi une question de souveraineté technologique pour l'Europe, soucieuse de réduire sa dépendance dans un domaine appelé à irriguer l'industrie, la logistique ou les services. L'entreprise indique d'ailleurs vouloir étoffer ses équipes dédiées à la robotique, signe qu'elle compte s'installer durablement sur ce créneau.

Un premier pas

Mistral présente Robostral Navigate comme une première brique d'un projet plus large, celui d'un « agent » capable d'agir dans le monde physique, et non plus seulement dans le texte ou l'image. La route est encore longue avant des robots pleinement autonomes et fiables au quotidien.

Mais le signal est clair : la jeune pousse française ne veut pas se cantonner aux modèles de langage. En posant un pied dans la robotique, elle élargit son horizon et affirme l'ambition d'un acteur européen capable de jouer, aussi, dans la cour de l'IA incarnée.