C'est un record dont la France se serait bien passée. En 2024, le taux de pauvreté a atteint 15,4 % de la population, son plus haut niveau depuis que l'Insee le mesure, rapporte franceinfo.
9,8 millions de personnes concernées
Derrière le pourcentage, des visages. Ce taux représente 9,8 millions de personnes vivant en France métropolitaine sous le seuil de pauvreté, détaille l'Insee. Ce seuil correspond à 60 % du niveau de vie médian, soit environ 1 337 euros par mois pour une personne seule. En dessous, il devient très difficile de faire face aux dépenses courantes : logement, alimentation, énergie, transports.
Si le taux se « stabilise » d'une année sur l'autre, il le fait à un niveau inédit : jamais, depuis que l'institut suit cet indicateur (au milieu des années 1990), la pauvreté monétaire n'avait été aussi répandue.
Pourquoi ce niveau record
Plusieurs facteurs se conjuguent, souligne Sud Ouest. La fin des aides exceptionnelles déployées pendant la crise sanitaire et le pic d'inflation a retiré un soutien qui amortissait, ces dernières années, le choc pour les ménages les plus modestes. L'inflation, même ralentie, a continué de peser sur les budgets contraints, où l'alimentaire et l'énergie occupent une place démesurée.
À cela s'ajoutent les transformations du marché du travail, avec la multiplication des contrats courts et des situations d'emploi précaire, qui fragilisent les revenus les plus bas.
Les plus exposés
La pauvreté ne frappe pas de manière uniforme. Les personnes au chômage, les familles monoparentales, souvent des mères seules avec enfants, les jeunes et une partie des travailleurs pauvres figurent parmi les plus touchés. Pour ces ménages, un imprévu, une facture, une réparation, peut faire basculer un équilibre déjà fragile.
Au-delà du seul revenu, l'Insee mesure aussi la privation matérielle et sociale : ne pas pouvoir chauffer correctement son logement, renoncer à des soins, ne pas partir en vacances. Autant de renoncements du quotidien que le chiffre global ne dit pas, mais que vivent des millions de personnes.
Un débat qui s'annonce vif
Pour les associations de solidarité, ce niveau record est jugé « historique et inacceptable », et vient rappeler l'ampleur de la précarité dans un pays riche. Elles réclament des mesures pérennes plutôt que des dispositifs ponctuels.
Le chiffre nourrit aussi un débat politique récurrent : celui de l'efficacité des politiques de redistribution et de lutte contre la pauvreté. Car si la France reste, grâce à son modèle social, l'un des pays qui contient le mieux la pauvreté, ce plus haut niveau jamais mesuré sonne comme un avertissement sur la solidité de cet édifice.



