Dès qu'un feu ravage une forêt, le mot surgit : « pyromane ». Il fascine et il fait peur. Mais il masque, le plus souvent, une réalité bien différente, explique Le Progrès.
Pyromanie : un trouble rare
Au sens médical, la pyromanie est un trouble du contrôle des impulsions : une attirance pathologique pour le feu, avec une tension qui monte avant le passage à l'acte, puis un soulagement. C'est un diagnostic précis et rare. Contrairement à ce que suggère l'usage courant du terme, seule une petite minorité des personnes qui mettent le feu relève réellement de cette pathologie.
Réduire tout incendiaire à un « pyromane » est donc trompeur. Cela entretient l'idée d'une pulsion mystérieuse et incontrôlable, là où les mécanismes sont, la plupart du temps, tout autres.
La grande majorité des feux : l'imprudence
Le fait le mieux établi est ailleurs. En France, la très grande majorité des feux de forêt sont d'origine humaine, mais ils résultent d'abord de négligences et d'imprudences bien plus que d'actes volontaires : un mégot mal éteint, un barbecue, des travaux par grand vent, un feu de jardin mal maîtrisé.
Autrement dit, l'ennemi numéro un n'est pas le criminel fasciné par les flammes, mais le geste banal, commis sans intention de nuire, dans un environnement rendu explosif par la sécheresse et la chaleur. C'est une bonne nouvelle, en creux : cela signifie qu'une large part des départs de feu pourrait être évitée par de simples précautions.
Quand le feu est bien criminel
Restent les incendies volontaires, minoritaires mais réels. Là encore, la pyromanie clinique n'explique qu'une partie des cas. Les experts décrivent des profils variés, sans portrait-robot unique, mais souvent marqués par l'impulsivité et un rapport dégradé aux règles. Surtout, les mobiles sont fréquemment très concrets : vengeance, conflit de voisinage, dissimulation d'un autre délit, voire intérêt financier.
Comprendre cette diversité est essentiel : elle invite à traiter ces actes non comme une fatalité psychiatrique, mais comme des comportements sur lesquels la prévention et la justice peuvent agir.
Prévention et sanctions
Sur le plan pénal, l'incendie volontaire est un crime lourdement puni. Le fait de détruire un bien par le feu expose à de longues peines de réclusion, aggravées lorsque l'incendie met en danger des personnes ou se propage, rappelle la préfecture de Seine-et-Marne. Le débroussaillement, l'interdiction de certains gestes en période à risque et les restrictions d'accès aux massifs complètent l'arsenal préventif.
Au fond, la lutte contre les incendies se joue moins dans la traque du « pyromane » fantasmé que dans une vigilance collective : celle de chacun, à l'heure où les étés caniculaires transforment la moindre étincelle en menace pour des milliers d'hectares.



