Le service public de la télévision poursuit sa mue. France Télévisions accentue sa stratégie dite « streaming first », en plaçant sa plateforme numérique france.tv au cœur de son organisation, rapporte Le Monde.
Le numérique d'abord
Le principe du « streaming first » est simple à énoncer : penser d'abord les contenus, films, séries, documentaires, pour la plateforme et le visionnage à la demande, avant, éventuellement, leur diffusion à l'antenne. Une inversion de la logique historique, où la case horaire télévisée dictait tout.
Ce choix répond à une réalité implacable : la télévision linéaire, celle qu'on regarde en direct à heure fixe, recule d'année en année, en particulier chez les jeunes générations, qui consomment l'image d'abord sur ordinateur, tablette ou téléphone, et à la demande. Le groupe public, présidé par Delphine Ernotte, entend adapter son offre à ces nouveaux usages, sous peine de voir son audience se déliter.
Un défi de service public
L'enjeu est de taille pour l'audiovisuel public. Contrairement aux géants payants comme Netflix, france.tv reste gratuit, financé par des fonds publics et la publicité. C'est un atout, mais aussi une contrainte : le secteur évolue dans un contexte budgétaire tendu, alors que la redevance audiovisuelle a été supprimée et que son financement fait l'objet de débats récurrents.
Réussir ce virage numérique tout en préservant ses moyens et ses missions, informer, cultiver, divertir pour tous, relève donc de l'équilibre délicat. Il s'agit de rester pertinent face à une concurrence mondiale surpuissante, sans renoncer à la spécificité d'un service public accessible à tous.
S'adapter ou décliner
Cette accélération traduit une conviction : l'avenir de la télévision publique se jouera, pour l'essentiel, sur les écrans connectés et les plateformes. En misant sur france.tv, le groupe cherche à capter les publics là où ils sont désormais, et à ne pas devenir le média d'une seule génération, celle encore fidèle au poste.
Le pari n'est pas sans risques ni sans critiques, notamment sur les moyens alloués et sur les conséquences d'une telle réorganisation. Mais l'immobilisme, à l'ère du streaming, serait sans doute plus périlleux encore. Pour France Télévisions, il s'agit, en somme, de préparer dès maintenant l'après-télévision, tout en continuant à faire de la télévision. Un exercice d'équilibriste dont dépend, en partie, l'avenir du service public audiovisuel.



