Un camion de pompiers n'est pas un poids lourd comme les autres. Il passe l'essentiel de son temps à l'arrêt, démarre à froid, roule vite sur quelques kilomètres, puis travaille des heures au ralenti moteur tournant, souvent dans la fumée et la poussière. C'est ce profil d'usage, très éloigné de celui d'un routier, qui est au cœur d'une demande formulée mi-juillet par la profession.

Ce que demande la fédération

La Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France réclame des procédures d'homologation spécifiques, ou à défaut des dérogations, pour les véhicules d'intervention, rapporte la revue professionnelle Secours Mag. La demande a été formulée le 13 juillet, en plein pic de la saison des feux.

Deux corpus réglementaires sont visés. Le premier est la norme antipollution Euro 6, qui impose des dispositifs de dépollution sophistiqués. Le second est le règlement européen sur la sécurité générale des véhicules, dit GSR2, dont le paquet d'aides à la conduite est devenu obligatoire en juillet 2024.

Des aides à la conduite qui se déclenchent au mauvais moment

C'est sur ce second point que la critique opérationnelle est la plus concrète. Ces dispositifs, conçus pour la circulation ordinaire, peuvent se déclencher de manière inappropriée pendant une intervention, ou se trouver perturbés dans des environnements hostiles comme un feu de forêt, où fumée, poussière et absence de marquage au sol brouillent les capteurs.

Un freinage d'urgence automatique déclenché à tort, une alerte de franchissement de ligne en manœuvre d'urgence : sur route dégagée, ces systèmes sauvent des vies ; sur un chemin forestier en feu, ils deviennent une contrainte à gérer en plus du sinistre.

La fédération met également en avant un argument budgétaire : la complexité croissante des véhicules fait monter les coûts d'acquisition et d'entretien, et allonge les durées d'immobilisation pour maintenance. Un engin au garage est un engin qui ne part pas en intervention, ce qui pèse sur des services départementaux d'incendie et de secours aux moyens comptés.

« Des moteurs simples »

La formule qui a circulé cette semaine dans la presse régionale résume la position du terrain : « il nous faut des moteurs simples », robustes, réparables. Une motorisation moderne de poids lourd embarque des systèmes de traitement des gaz d'échappement qui exigent des conditions de fonctionnement précises, mal compatibles avec des heures de ralenti prolongé.

Cinq États européens, l'Allemagne, l'Autriche, la Finlande, les Pays-Bas et la Suède, ont déjà obtenu des adaptations pour leurs véhicules de secours. C'est ce précédent que la fédération française met en avant : elle ne demande pas l'abrogation des normes, mais leur ajustement à une catégorie d'usage particulière.

Un arbitrage à ne pas caricaturer

Le sujet se prête à une lecture simpliste, celle de l'écologie qui entraverait les secours. Elle serait trompeuse. Les normes Euro et le règlement sécurité existent pour des raisons documentées : les oxydes d'azote et les particules fines des moteurs diesel ont un coût sanitaire massif, et les aides à la conduite réduisent la mortalité routière, y compris celle des pompiers, qui paient un lourd tribut aux accidents de trajet.

La question posée n'est donc pas de choisir entre l'air respirable et les secours. Elle est de savoir si une flotte représentant une part infime du parc roulant, mais dont la disponibilité est vitale, doit relever du même régime technique qu'un camion de livraison.

À ce stade, ni le ministère de l'Intérieur ni les constructeurs de poids lourds n'ont rendu publique de position sur cette demande.