Une eau qui vire au vert, une pellicule qui ressemble à de la peinture renversée en surface, un panneau d'interdiction planté sur la berge : la scène se répète chaque été, et davantage encore quand la chaleur s'installe.
Ni algues, ni plantes
Le nom d'« algues bleues » leur colle à la peau, mais il est trompeur. Les cyanobactéries sont des bactéries capables de photosynthèse, rappelle le Muséum national d'histoire naturelle. Ce sont des organismes bien plus simples qu'une algue, dépourvus de noyau cellulaire.
Elles comptent aussi parmi les plus anciennes formes de vie connues, présentes depuis plusieurs milliards d'années. On leur doit d'ailleurs, à l'échelle géologique, l'oxygénation de l'atmosphère terrestre. Autrement dit, l'organisme qui ferme les plages cet été est le même qui a rendu la planète respirable.
Pourquoi la canicule les favorise
Une prolifération, ce que les scientifiques appellent une efflorescence, suppose trois conditions réunies. Une eau chaude, d'abord. Une eau peu ou pas brassée ensuite, ce qui est le propre des lacs, étangs et retenues en période sèche, quand les niveaux baissent et que les courants faiblissent. Des nutriments enfin, principalement le phosphore et l'azote.
C'est ce dernier point qui relie le phénomène aux activités humaines. L'enrichissement excessif des eaux, ou eutrophisation, provient des rejets agricoles, domestiques et industriels. La canicule ne crée donc pas le problème : elle révèle et amplifie un déséquilibre déjà installé dans le bassin versant.
Ce que risquent les baigneurs
Toutes les cyanobactéries ne produisent pas de toxines, et une eau verte n'est pas automatiquement dangereuse. Mais certaines espèces libèrent des composés qui justifient la prudence : des hépatotoxines, comme les microcystines, qui visent le foie, et des neurotoxines, qui agissent sur le système nerveux.
Chez l'humain, l'exposition se fait par contact cutané, par ingestion accidentelle ou par inhalation d'aérosols. Les effets rapportés vont des irritations de la peau, des yeux et des muqueuses aux maux de tête et troubles digestifs, nausées, vomissements et diarrhées. Ces symptômes restent le plus souvent bénins, mais ils justifient une consultation en cas de persistance.
Le vrai point noir : les chiens
C'est l'information la moins connue et la plus importante. Le danger est d'un tout autre ordre pour les animaux, et particulièrement pour les chiens.
Un chien boit l'eau dans laquelle il se baigne, se roule sur les berges où les amas s'accumulent, puis se lèche le pelage. Il concentre ainsi les trois voies d'exposition, sur un animal beaucoup plus petit qu'un adulte. Des intoxications mortelles sont régulièrement documentées en France après une simple baignade en eau douce. Si votre chien a bu dans un plan d'eau suspect et présente tremblements, salivation excessive, vomissements ou difficultés respiratoires, il s'agit d'une urgence vétérinaire immédiate.
Les bons réflexes
Les recommandations des agences régionales de santé, détaillées par l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes, tiennent en quelques gestes.
Vérifiez d'abord l'affichage sur place : les sites de baignade surveillés font l'objet d'analyses régulières, et les fermetures sont recensées dans un point de situation hebdomadaire publié par Santé.fr. Respectez les interdictions, qui ne sont pas décoratives.
Évitez les zones calmes où l'eau prend une teinte verte ou bleutée et où se forment des amas en surface, car c'est là que les concentrations sont les plus fortes. Ne buvez jamais l'eau, ne l'avalez pas, et rincez-vous à l'eau claire en sortant. Enfin, tenez les chiens à l'écart et emportez de quoi les faire boire.
Un dernier principe, simple : la baignade en eau douce non surveillée n'est jamais analysée. Devant une eau trouble, verdâtre ou malodorante en pleine chaleur, s'abstenir reste la seule règle fiable.



