Le concert n'aura tenu qu'une vingtaine de minutes. Samedi 18 juillet, au Jardin de Ville de Grenoble, la prestation de la DJ Barbara Butch, programmée par le festival Cabaret Frappé, a été interrompue par l'irruption d'une centaine de militants pro-palestiniens, rapporte France 3 Auvergne-Rhône-Alpes. Selon les éléments rapportés par la presse locale, l'action s'est déroulée sans violence et n'a pas donné lieu à interpellation.
Une polémique installée depuis des semaines
L'interruption n'a rien d'improvisé. Elle est l'aboutissement d'une controverse ouverte plusieurs semaines plus tôt par la section grenobloise de La France insoumise, qui réclamait le retrait de l'artiste de la programmation.
Le grief invoqué par le parti porte sur une tribune signée par la DJ en soutien à une proposition de loi portée par la députée Caroline Yadan. Selon LFI, ce texte reviendrait à criminaliser le soutien à la cause palestinienne. Ses promoteurs le présentent, eux, comme un outil de lutte contre l'antisémitisme. Le contenu exact et la portée de cette proposition font l'objet d'appréciations opposées entre les deux camps.
Le conseiller municipal insoumis Allan Brunon avait annoncé son intention d'empêcher physiquement la tenue du concert, déclarant que si la venue de l'artiste était confirmée, « on ne la laissera pas se produire » et qu'un barrage militant serait organisé, selon des propos rapportés par Grenoble Mag. Ces déclarations avaient suscité des demandes de sanction émanant de groupes d'opposition au conseil municipal.
L'organisateur a refusé de déprogrammer
L'association Retour de Scène, qui produit le Cabaret Frappé, n'a pas cédé. Elle a défendu sa décision en estimant que déprogrammer un artiste sur la base de ses opinions reviendrait à faire des structures culturelles des arbitres idéologiques. L'adjoint à la culture de la ville a de son côté réaffirmé le principe de liberté de programmation et de création, selon ICI Isère.
Le festival, gratuit et soutenu par la collectivité, se tient chaque été dans ce parc du centre-ville. Il n'était pas préparé à jouer le rôle d'arène politique.
Une artiste déjà prise pour cible
Barbara Butch n'en est pas à sa première exposition. La DJ, qui revendique son identité juive et lesbienne, avait participé à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Paris en 2024, et avait été la cible d'une campagne massive de cyberharcèlement dans les semaines qui ont suivi, assortie de menaces ayant donné lieu à des poursuites.
Elle a justifié publiquement sa signature de la tribune par l'antisémitisme auquel elle dit être exposée. Le fait qu'une artiste juive se retrouve empêchée de jouer par une mobilisation politique a conduit plusieurs voix, y compris à gauche, à s'interroger sur la nature du ciblage. LFI conteste toute lecture de cet ordre et maintient que son opposition porte sur une prise de position politique, non sur l'identité de l'artiste.
Ce que la séquence pose comme question
Au-delà du cas grenoblois, l'épisode ramène un débat que le secteur culturel français connaît bien : jusqu'où les opinions d'un artiste peuvent-elles justifier son retrait d'une scène publique, et qui doit en décider.
Les organisateurs de festivals, souvent subventionnés, se retrouvent en première ligne de conflits qui les dépassent. Refuser de déprogrammer les expose à la pression militante ; accepter les placerait en position de trier les artistes selon leurs positions politiques. Aucune des deux options n'est confortable, et la séquence de samedi montre qu'un troisième acteur, la mobilisation de terrain, peut trancher à leur place.



