On avait annoncé un match pour rien. Plus de 8,5 millions de personnes l'ont regardé.

Un chiffre qui contredit le discours

La rencontre France-Angleterre pour la troisième place du Mondial, disputée samedi soir et perdue 6-4 par les Bleus après une première période catastrophique, a réuni plus de 8,5 millions de téléspectateurs sur M6, rapporte Le Parisien, un score que So Foot qualifie de grosse audience.

Il faut mesurer ce que représente ce chiffre. Un samedi de la mi-juillet, en pleine période de vacances, par une soirée chaude, pour un match sans enjeu de qualification, tardif, et impliquant une équipe de France éliminée deux jours plus tôt. Toutes les conditions étaient réunies pour un désintérêt massif. Il n'a pas eu lieu.

Le football, dernier rendez-vous collectif

C'est là l'enseignement principal. Dans un paysage audiovisuel fragmenté par les plateformes et le visionnage à la demande, très peu de programmes réunissent encore plusieurs millions de personnes au même moment devant le même écran.

Le football en fait partie, et il n'a pas besoin d'un enjeu sportif pour cela. Ce qui rassemble n'est pas le classement, c'est le caractère simultané et non rejouable de l'événement : personne ne regarde un match en différé le lendemain. Cette simultanéité est précisément ce que les annonceurs achètent.

Le scénario a évidemment aidé. Un match à dix buts, avec un effondrement à 4-0 puis une remontée à 4-4, retient un public qui aurait décroché devant un 1-0 poussif. Mais l'audience se construit au coup d'envoi, avant que le spectacle ne soit connu.

Ce que cela ne règle pas

Reste que ce record d'exposition ne modifie pas l'équation économique de la chaîne. Comme nous l'écrivions ce matin, M6 aura signé avec cette Coupe du monde les meilleures audiences de son histoire et battu le record publicitaire des Jeux de Paris 2024, tout en sachant depuis le départ que l'opération ne serait pas rentable.

Le coût des droits versés à la FIFA est estimé à près de 120 millions d'euros, un montant que la publicité seule ne couvre pas, même à 315 000 euros le spot de vingt secondes pendant les matchs des Bleus. Le groupe présentera ses résultats financiers le 28 juillet.

Une addition qui se paiera ailleurs

Ces 8,5 millions de téléspectateurs valent donc moins comme recette immédiate que comme démonstration. Ils prouvent à la chaîne, et surtout à ses annonceurs, qu'elle sait encore fédérer une audience de masse, argument qui pèsera lors des prochaines négociations commerciales et lors du prochain appel d'offres sur les droits sportifs.

C'est le calcul de fond des diffuseurs en clair : accepter de perdre de l'argent sur un événement pour rester dans le petit groupe des chaînes capables de réunir un pays entier un samedi soir. Reste à savoir combien de temps ce calcul restera soutenable à mesure que les droits enchérissent.