Le 4 juin, l'hebdomadaire régional L'Essor Savoyard consacrait sa une au témoignage d'une femme accusant de viol le premier adjoint au maire d'Annecy. Le journal, qui tire habituellement à environ 2 000 exemplaires, a enregistré ce jour-là une hausse de ventes d'environ 50 %, plusieurs centaines d'exemplaires supplémentaires étant achetés en peu de temps dans différents points de vente de la ville.
Reporters sans frontières, qui a enquêté avec le journal, affirme avoir identifié parmi ces acheteurs des personnes directement liées à la mairie, dont une conseillère de la municipalité, ancienne collaboratrice parlementaire du maire lorsqu'il était député de Haute-Savoie. L'organisation s'appuie sur des recoupements de témoignages et d'images.
Trois plans à ne pas confondre
Cette affaire superpose trois questions distinctes, et les mélanger conduirait à écrire n'importe quoi.
L'accusation de viol. Le premier adjoint au maire, Anthony Granger, est visé par une plainte. Il n'est ni jugé ni condamné, et la présomption d'innocence s'applique pleinement. Nous ne publions aucun élément permettant d'identifier la plaignante.
L'opération de rachat. C'est le cœur de ce que dénonce RSF, dont c'est précisément le mandat : la défense de la liberté d'informer. L'organisation et le journal la qualifient de tentative de faire disparaître un numéro de la circulation.
La responsabilité de la municipalité. C'est le point le plus disputé. RSF rapporte le témoignage anonyme d'un membre de la majorité municipale évoquant des élus appelés à acheter des journaux, dans une opération décidée dans un mouvement de panique.
Le démenti du maire
Le maire d'Annecy, Antoine Armand, dément formellement toute organisation de la part de la municipalité. Il affirme qu'aucune consigne n'a été donnée et qu'aucun dispositif n'a été mis en place pour faire disparaître le journal.
Ce démenti porte sur l'existence d'une consigne collective. Il ne contredit pas nécessairement l'achat d'exemplaires par des personnes individuellement identifiées, et c'est sur cet écart que se joue la controverse.
Le premier adjoint a par ailleurs été mis en retrait de ses fonctions représentatives par le maire. Une telle mesure est administrative et n'emporte aucune reconnaissance de culpabilité.
Pourquoi le sujet dépasse Annecy
Racheter des journaux n'est pas illégal en soi : n'importe qui peut acheter autant d'exemplaires qu'il le souhaite. La question posée par RSF est autre, et elle est politique : des moyens ou des relais publics peuvent-ils être employés pour restreindre la diffusion d'une information d'intérêt général.
Elle prend un relief particulier pour la presse quotidienne régionale, dont les tirages réduits rendent ce type d'opération matériellement possible à faible coût. Il suffit de quelques centaines d'exemplaires pour vider les points de vente d'une ville moyenne, là où la même tentative sur un quotidien national serait sans effet.
Ce qui reste à établir
À ce stade, l'enquête judiciaire concernant l'accusation de viol suit son cours et n'a pas donné lieu à une mise en examen rendue publique. Sur le volet du rachat des journaux, les constatations sont celles de RSF et du journal concerné, pas d'une autorité judiciaire. Nous les rapportons comme telles.



