La Haute Autorité de santé a rendu un avis attendu sur un sujet régulièrement débattu depuis des années : faut-il rendre la vaccination contre la grippe obligatoire, et pour qui.

Sa réponse, publiée sur son site, distingue nettement deux populations.

Deux questions, deux réponses opposées

Les ministères chargés de la santé avaient saisi la HAS sur l'opportunité d'instaurer une obligation vaccinale antigrippale annuelle, en visant deux publics.

Pour les personnes de 65 ans et plus vivant en collectivité, la HAS écarte l'obligation : la vaccination doit, selon elle, rester recommandée sans devenir contraignante.

Pour les professionnels, elle préconise l'inverse. L'obligation viserait les professionnels de santé et les autres personnels des établissements sanitaires et médico-sociaux qui sont au contact de personnes vulnérables, avec un déploiement prioritaire dans les Ehpad et les unités de soins de longue durée.

Cette asymétrie constitue le cœur de l'avis. Elle repose sur une logique simple : on peut exiger d'un professionnel, au titre de sa responsabilité envers les personnes qu'il prend en charge, ce qu'on n'imposera pas à un résident dans son propre lieu de vie.

Une recommandation n'est pas une obligation

Point essentiel, et souvent escamoté dans les reprises : la HAS ne décide pas. C'est une autorité indépendante qui produit des avis scientifiques et techniques. Rendre une vaccination obligatoire relève du pouvoir politique et passe par la voie législative ou réglementaire.

Autrement dit, à ce stade, rien ne change pour personne. Un soignant n'est pas davantage tenu de se faire vacciner aujourd'hui qu'hier. Ce qui existe, c'est un avis qui place la question sur la table du gouvernement, lequel peut le suivre, l'aménager ou le laisser sans suite.

Nous ne pouvons pas dire aujourd'hui quelles suites seront données ni selon quel calendrier : cela n'a pas été annoncé.

Ce que nous ne publions pas, et pourquoi

Plusieurs éléments circulent autour de cet avis que nous n'avons pas pu vérifier auprès d'une source de premier rang, et que nous préférons donc ne pas reprendre : le taux exact de couverture vaccinale antigrippale des soignants français, les chiffres de mortalité annuelle attribuée à la grippe, et les réactions détaillées des syndicats et des ordres professionnels.

Ces données existent et sont documentées par Santé publique France ; nous les publierons quand nous aurons pu les vérifier directement plutôt que de les emprunter à des reprises successives.

Un débat ancien

La question n'est pas neuve. L'obligation vaccinale antigrippale des professionnels de santé a déjà connu des allers-retours dans la réglementation française, et elle réapparaît régulièrement, notamment après les épisodes épidémiques hivernaux qui désorganisent les hôpitaux.

Les arguments sont connus des deux côtés. Ceux qui la défendent invoquent la protection des patients les plus fragiles et l'insuffisance des campagnes d'incitation. Ceux qui s'y opposent mettent en avant la liberté individuelle, l'efficacité variable du vaccin antigrippal d'une saison à l'autre, et le risque de tensions supplémentaires sur des effectifs déjà sous pression.

L'avis de la HAS ne clôt pas ce débat. Il le relance, avec cette fois un cadrage précis sur le périmètre : les soignants au contact des plus vulnérables, en priorité dans le grand âge.