L'incendie qui a parcouru 180 hectares entre Taradeau et Les Arcs-sur-Argens, dans le Var, dimanche 19 juillet, a mis quelques heures à peine à franchir la limite entre deux communes. Ce n'est pas une anomalie : c'est la manière dont se comportent les feux de végétation quand les conditions s'y prêtent. Comprendre ce comportement, c'est comprendre pourquoi les secours français concentrent l'essentiel de leurs moyens sur les toutes premières minutes.
Une saison hors norme
Les chiffres cadrent l'été. Selon le directeur général de la Sécurité civile, plus de 8 000 départs de feu ont été recensés et environ 25 000 hectares parcourus depuis le début de l'année, soit environ le double des surfaces enregistrées à la même période l'an dernier. Près de 2 000 sapeurs-pompiers professionnels, volontaires, civils et militaires sont mobilisés chaque jour, avec des renforts venus d'autres pays européens.
Ce qui fait basculer un feu
Trois mécanismes expliquent l'essentiel des emballements.
La pente. L'air chaud monte le long du relief et préchauffe la végétation située au-dessus du front de flammes. Le combustible s'enflamme donc plus vite quand le feu remonte une pente que sur terrain plat, et la vitesse de propagation augmente fortement avec l'inclinaison.
Le vent. Il couche les flammes vers l'avant, ce qui accélère le même effet de préchauffage, et surtout il peut faire pivoter le front. Un feu allongé qui change de direction expose brutalement tout son flanc, le plus long côté, comme nouveau front d'attaque. C'est l'un des scénarios les plus dangereux pour les équipes engagées.
Les sautes de feu. Des brandons incandescents sont projetés en avant du front, parfois à plusieurs centaines de mètres, et allument des foyers secondaires. Ils sautent les coupures, les routes et les rivières sur lesquelles les secours comptaient s'appuyer. C'est ce qui s'est produit dans le Var, où le feu parti de Taradeau a franchi la limite communale des Arcs.

CC
Le pari français : tuer le feu avant qu'il ne grandisse
La réponse française tient dans une formule : l'attaque des feux naissants. Plutôt que de concentrer les moyens sur les grands incendies, la doctrine consiste à envoyer très vite, sur chaque départ, des moyens disproportionnés au regard de sa taille apparente. Un feu de quelques ares se traite avec des moyens qui paraîtraient excessifs, précisément parce qu'il coûterait mille fois plus cher une heure plus tard.
Le Sénat relève que cette doctrine a divisé par cinq les surfaces brûlées annuellement par rapport aux années 1980, un résultat considérable pour un pays dont la façade méditerranéenne figure parmi les plus exposées d'Europe.
Elle s'appuie sur un dispositif spécifique, le guet aérien armé : des avions bombardiers d'eau patrouillent au-dessus des massifs classés à risque pendant les journées critiques, tandis que des forces terrestres sont prépositionnées. L'avion n'attend pas l'alerte à sa base, il est déjà en l'air. Le délai entre la détection d'une fumée et le premier largage s'en trouve réduit à quelques minutes.
Le même rapport rappelle l'ordre de priorité qui gouverne l'engagement des secours : les personnes d'abord, les biens ensuite, l'environnement enfin.
Neuf feux sur dix partent d'un geste humain
C'est le point que la prévention ne cesse de marteler. L'Office national des forêts estime que neuf feux sur dix sont d'origine humaine, volontaires ou non. Un mégot, un barbecue, des travaux avec une disqueuse un jour de vent : la part de la foudre est marginale.
D'où l'importance du débroussaillement réglementaire autour des habitations, souvent perçu comme une contrainte administrative alors qu'il détermine, le jour venu, si une maison est défendable ou si les secours doivent l'abandonner pour protéger des vies ailleurs.
Ce que change le climat
L'allongement des périodes de sécheresse et la remontée des zones à risque vers le nord modifient l'équation. Des départements longtemps épargnés se découvrent exposés, avec des équipements et des habitudes calibrés pour un autre régime. Les moyens nationaux, eux, restent dimensionnés pour une saison estivale méditerranéenne.
C'est la question de fond de cet été : une doctrine efficace, construite pour un risque concentré dans le temps et dans l'espace, tient-elle quand le risque s'étale sur davantage de mois et davantage de territoire.



