Elle vient de réussir un doublé que peu de lanceuses françaises peuvent revendiquer, le disque et le poids dans les mêmes championnats de France. Elle ne figure pas dans les 80 athlètes retenus pour les championnats d'Europe de Birmingham, du 10 au 16 août. Amanda Ngandu-Ntumba, 26 ans, ne l'a pas gardé pour elle : « Mon sentiment d'injustice est énorme ».

Ce qu'elle reproche

Son argument est simple : elle a gagné, et ça n'a pas suffi. « Le plus difficile, ce n'est pas la non-sélection », résume-t-elle en substance, mais le fait qu'un titre national et une forme démontrée le jour où cela comptait ne pèsent rien dans la balance.

Elle va plus loin et met en cause la politique de sa fédération, estimant qu'il ne faut pas s'étonner de voir des athlètes chercher considération et opportunités ailleurs quand ils se sentent délaissés. Le reproche a du poids venant d'elle : la lanceuse s'entraîne hors de France depuis plusieurs saisons.

La mécanique qui l'a écartée

En face, il y a un système, et il n'a rien de personnel. La sélection repose sur des minima de performance, qui doivent être réalisés à l'intérieur d'une fenêtre de dates fixée par la fédération, laquelle se refermait le 26 juillet, jour des championnats de France.

C'est là que se joue le dossier. Ngandu-Ntumba a lancé au niveau requis, mais au printemps, lors d'une compétition aux États-Unis, soit avant l'ouverture de la période de qualification. Une blessure a suivi. Aux championnats de France, elle a gagné ses deux titres, sans retrouver les marques exigées. Résultat : une championne de France sans minima valide dans la fenêtre.

Le règlement prévoit bien une part discrétionnaire, qui permet de repêcher des athlètes jugés capables de viser le top 8 européen. Plusieurs sélectionnés en bénéficient. Les critères invoqués sont le classement européen, la date de la performance et l'état de forme du moment. Ngandu-Ntumba n'a pas été retenue à ce titre.

Deux logiques qui ne parlent pas la même langue

Le paradoxe est réel, et il n'est pas près de disparaître. Une compétition nationale sert à départager des athlètes un jour donné. Un minima sert à garantir qu'un sélectionné ne sera pas relégué au fond du classement continental. Les deux sont défendables, ils ne mesurent simplement pas la même chose.

La situation est d'autant plus visible que Mélina Robert-Michon, battue au disque pour la première fois depuis des années, a de son côté été sélectionnée. Rien d'anormal au regard du règlement, puisque son dossier de performances sur la saison la qualifie. Mais l'image, elle, est difficile à tenir : la vaincue part, la gagnante reste à la maison.

Ce que le débat révèle

Il ne s'agit pas de trancher entre une athlète et une fédération. Il s'agit de savoir ce que la France attend d'un championnat national. S'il est un critère de sélection, le gagner devrait ouvrir une porte. S'il n'est qu'une étape parmi d'autres dans une saison mesurée en centimètres, il faut l'assumer clairement, et le dire aux athlètes avant la compétition plutôt qu'après.

La fédération n'a pas répondu publiquement à ses accusations. Le débat, lui, revient à chaque grand championnat.