Après la canicule de juin, le gouvernement avait promis d'équiper en urgence les établissements de santé. Jeudi 30 juillet, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a annoncé que 33 000 climatiseurs mobiles avaient été livrés dans les hôpitaux et les Ehpad, en vue des prochains épisodes de chaleur. L'objectif est, selon elle, d'assurer le confort de travail des soignants et celui des patients.
Un engagement de juin, chiffré à 100 millions d'euros
Le dispositif remonte à la vague de chaleur de fin juin. Le gouvernement avait alors débloqué une enveloppe d'urgence de 100 millions d'euros pour financer des outils de rafraîchissement dans les établissements. Selon Matignon, cette somme correspondait à l'achat d'environ 30 000 climatiseurs mobiles.
Le chiffre annoncé jeudi dépasse donc la cible initiale. C'est le premier point à retenir, et il est réel : sur le plan quantitatif, la promesse est tenue.
Ce que « climatiseur » veut dire ici
Le second point l'est tout autant, et il change beaucoup de choses. Il s'agit de climatiseurs d'appoint, c'est-à-dire d'unités mobiles que l'on déplace de pièce en pièce, et non d'une climatisation intégrée au bâtiment.
La différence n'est pas cosmétique. Un appareil mobile rafraîchit une chambre ou une salle de repos, pas un service entier ni un couloir. Il suppose une évacuation de l'air chaud par une ouverture, ce qui limite son rendement, et il consomme de l'électricité en pleine pointe estivale. Rapportées au nombre d'établissements concernés en France, hôpitaux et Ehpad confondus, 33 000 unités représentent quelques appareils par structure.
La critique syndicale
La CGT estime que ces climatiseurs d'appoint sont très loin de suffire. L'argument porte moins sur le nombre que sur la nature de la réponse : des appareils grand public, pensés pour un usage domestique ponctuel, sont installés dans des lieux qui doivent tenir des semaines durant, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, avec des personnes âgées ou malades dont la thermorégulation est déjà défaillante.
C'est le point de désaccord réel. Le gouvernement répond à une urgence saisonnière avec l'outil disponible tout de suite ; les organisations de terrain répondent que le problème n'est pas saisonnier.
Le vrai sujet : le bâti
Derrière ces 33 000 appareils se cache une question d'infrastructure. La surmortalité des canicules françaises se concentre dans des bâtiments conçus à une époque où l'on dimensionnait contre le froid, avec de grandes surfaces vitrées, une isolation faible et peu d'inertie thermique. Ce sont eux qui transforment un épisode de chaleur en risque sanitaire.
Y répondre suppose des travaux : isolation, protection solaire, ventilation nocturne, végétalisation des abords, et climatisation fixe dans les zones où elle est indispensable. Ces chantiers se comptent en années et en centaines de millions d'euros, pas en livraisons d'été.
Il n'y a donc pas de contradiction à reconnaître les deux choses à la fois. Livrer 33 000 appareils en quelques semaines est une réponse rapide et utile face à un été qui n'attend pas. Elle ne dit rien, en revanche, de l'état des bâtiments qui accueilleront les canicules suivantes, et celles-ci ne sont pas une hypothèse.



