Le 30 juillet, Rosfinmonitoring, l'organisme russe de surveillance financière, a inscrit Pavel Dourov sur son registre officiel des « terroristes et extrémistes ». La décision intervient au lendemain d'un mandat d'arrêt émis par le FSB contre le fondateur de Telegram, pour facilitation d'activités terroristes, un chef passible de quinze ans de prison.
Ce que cette liste change concrètement
Le registre de Rosfinmonitoring n'est pas symbolique. Y figurer oblige les banques russes à geler les avoirs de la personne visée et à interrompre tout service financier la concernant. Pour un homme qui a quitté la Russie il y a plus de dix ans et dont les intérêts économiques sont ailleurs, la portée pratique est limitée. La portée politique, elle, ne l'est pas : c'est la qualification de terroriste, appliquée au dirigeant d'une messagerie utilisée par des dizaines de millions de Russes.
Le reproche de Moscou
Les autorités russes reprochent à Dourov et à Telegram de ne pas retirer les contenus utilisés, selon elles, par les services de renseignement ukrainiens et par des groupes qualifiés d'extrémistes pour coordonner des actions illégales sur le territoire russe.
L'accusation est indissociable du rôle particulier qu'occupe Telegram dans la guerre. La plateforme sert de canal de communication et de propagande aux deux camps, et de support à des chaînes d'information militaire suivies par des millions de personnes de part et d'autre du front. Ce qui la rend précieuse pour Moscou la rend aussi incontrôlable, et c'est le cœur du problème.
La réponse de Dourov
Le fondateur de Telegram a répliqué en accusant les autorités russes de fabriquer des prétextes destinés à justifier une interdiction pure et simple de sa messagerie en Russie. Il présente sa mise à l'index comme la sanction de son refus de céder aux demandes de surveillance et de censure.
Ce refus a une histoire. Dourov avait fondé VKontakte, le principal réseau social russe, avant d'en perdre le contrôle et de quitter la Russie en 2014, à la suite de pressions liées, selon lui, à des demandes de données visant des opposants et des militants ukrainiens. Telegram, lancé en 2013, a été conçu pour fonctionner hors de portée de ce type d'injonction.
Le paradoxe français
Pavel Dourov est de nationalité française, et c'est en France qu'il fait par ailleurs face à la justice. Interpellé en août 2024 à son arrivée sur le territoire, il a été mis en examen puis remis en liberté l'année suivante. L'enquête française porte sur un reproche formellement voisin de celui de Moscou : le défaut de coopération de Telegram dans le retrait de contenus illicites.
La comparaison s'arrête toutefois assez vite. D'un côté une procédure judiciaire, contradictoire, portant sur des infractions de droit commun et soumise au contrôle d'un juge. De l'autre une inscription administrative sur un registre de terroristes, décidée par un organisme dépendant du pouvoir exécutif d'un État en guerre, visant un homme qui n'y réside plus.
Ce parallèle sera néanmoins utilisé, et il l'est déjà. Il vaut donc de rappeler que le fond du débat, la responsabilité d'une plateforme dans ce qu'elle héberge, est une question légitime, et que la manière dont un État y répond en dit long sur ce qu'il est.



