Une ville espagnole posée sur la côte marocaine, deux rangées de clôtures, et la Méditerranée pour contourner le tout. Depuis dix jours, Ceuta vit l'un des épisodes migratoires les plus intenses de son histoire récente. Entre 1 500 et 2 000 personnes y sont entrées sur cette période, et des centaines encore ce jeudi 30 juillet. Neuf sont mortes, a annoncé le gouvernement espagnol.

Une frontière que l'on contourne par la mer

Ceuta est un bout d'Espagne en Afrique du Nord, à une vingtaine de kilomètres de Gibraltar, face à l'Andalousie. Avec sa jumelle Melilla, plus à l'est, elle constitue la seule frontière terrestre entre l'Union européenne et le continent africain. Le Maroc en conteste la souveraineté depuis des décennies, et la ville sert de longue date de point de pression dans les relations entre Rabat et Madrid.

La clôture qui la ceint est l'une des plus surveillées d'Europe. C'est précisément pour cela que la mer est devenue la voie principale. Beaucoup ont nagé pour contourner les brise-lames aux extrémités du dispositif, d'autres ont utilisé des embarcations gonflables, et une partie a escaladé les grillages. Les neuf décès annoncés sont la conséquence directe de ce contournement maritime, sur quelques centaines de mètres d'eau où les courants sont violents et où personne ne porte de gilet.

Une ville débordée

Le président de la ville autonome, Jesús Vivas, a parlé d'une « urgence humanitaire et sociale absolue » et réclamé l'envoi de troupes. Le ministère de l'Intérieur a répondu en dépêchant 60 militaires en renfort du contrôle frontalier, et le ministre lui-même était attendu sur place le 31 juillet.

Le nombre paraît modeste au regard de l'ampleur des arrivées. Il dit surtout que le problème n'est pas d'abord policier : le centre de séjour temporaire de la ville est saturé depuis plusieurs jours, et c'est la capacité d'hébergement, de tri administratif et de transfert vers la péninsule qui bloque.

Rome saisit l'occasion

La crise a immédiatement débordé du cadre hispano-marocain. L'Italie a demandé la suspension de l'Espagne de l'espace Schengen, au motif que les entrées irrégulières par Ceuta se transforment ensuite en circulation libre dans toute l'Union. Madrid a répliqué en dénonçant une « démagogie ».

Sur le fond, la demande italienne relève davantage du signal politique que de la procédure. Les traités prévoient la réintroduction temporaire de contrôles aux frontières intérieures, décidée par chaque État pour lui-même. Ils n'organisent pas l'exclusion d'un membre à la demande d'un autre. Rome peut rétablir des contrôles à ses propres frontières, elle ne peut pas suspendre Madrid.

Ce que cet épisode dit du reste

Ceuta fonctionne comme un révélateur. Chaque afflux massif y produit la même séquence : saturation locale en quelques heures, appel aux renforts, empoignade européenne sur la responsabilité, puis retour au calme sans que rien n'ait été réglé sur le fond, à savoir la répartition entre États membres des personnes arrivées et les accords de gestion conclus avec Rabat.

Neuf morts en dix jours, sur quelques centaines de mètres d'eau, rappellent au passage que le point de friction n'est pas seulement diplomatique. Il est d'abord là, entre une plage marocaine et une plage espagnole.