Que faire d'une maison dont on préférerait qu'elle n'existe pas ? Pendant des décennies, l'Autriche a buté sur cette question à propos d'un bâtiment de la petite ville de Braunau am Inn, près de la frontière allemande : la maison où naquit Adolf Hitler. La réponse, longuement mûrie, vient de prendre forme.

D'un lieu gênant à un bâtiment public

Comme le rapporte Al Jazeera, la maison a rouvert, au terme d'une importante rénovation, sous une identité nouvelle : celle d'un commissariat de police.

Le choix n'a rien d'anodin. Installer une administration de l'État, et singulièrement la police, dans ce bâtiment, c'est en changer radicalement la nature. D'un possible sanctuaire, on fait un lieu ordinaire du service public, aussi peu propice que possible au recueillement idéologique.

Le vrai problème : un aimant à néonazis

Car c'est bien là que résidait la difficulté. Pendant des années, selon Al Jazeera, la maison natale de Hitler a attiré néonazis et militants d'extrême droite venus glorifier le dirigeant nazi. Une adresse devenue, malgré elle, un point de ralliement pour les nostalgiques du IIIᵉ Reich.

Tout l'enjeu, pour les autorités autrichiennes, était d'empêcher que ce lieu ne se fige en site de pèlerinage. Laisser le bâtiment en l'état, ou même le raser, comportait des risques : l'abandon nourrit le mythe, la démolition peut créer un martyr symbolique. La reconversion en bâtiment public apparaît comme une troisième voie, plus subtile.

Une rénovation lourde, un investissement conséquent

L'opération a eu un coût. D'après le reportage d'Al Jazeera, la transformation de ce bâtiment historiquement chargé a représenté un investissement de l'ordre de 22,8 millions de dollars.

La somme peut surprendre pour un simple commissariat. Elle se comprend mieux à la lumière de l'histoire du lieu : un bâtiment que l'État autrichien avait fini par exproprier pour en reprendre le contrôle, et dont la reconversion relève autant de la politique de mémoire que de l'aménagement immobilier.

Comment neutralise-t-on un lieu de mémoire encombrant

Au-delà du cas autrichien, cette histoire illustre un dilemme que connaissent bien les États confrontés aux traces matérielles des régimes criminels. Un lieu lié à un bourreau n'est jamais neutre : il peut devenir objet de fascination.

La stratégie retenue à Braunau, celle de la banalisation par l'usage, consiste non pas à effacer le lieu, mais à le vider de sa charge en lui donnant une fonction quotidienne et incontestable. C'est un pari : celui que la présence d'un commissariat suffira à décourager ceux qui venaient y chercher une relique. Une manière, pour l'Autriche, de solder un compte resté longtemps ouvert avec l'un des recoins les plus embarrassants de son histoire.