C'est l'un de ces drames que la mer rend presque abstraits, tant les chiffres dépassent l'entendement. Un bateau de migrants, parti de Gambie pour les îles Canaries, a dérivé pendant vingt-cinq jours avant d'échouer sur les côtes mauritaniennes. Selon le bilan rapporté par Al Jazeera, au moins 143 personnes sont mortes ou portées disparues. Trente-huit seulement ont survécu.
Ce que l'on sait de la traversée
L'embarcation avait quitté Bafuloto, en Gambie, avec environ 160 personnes à bord, selon l'estimation des autorités mauritaniennes. Sa destination était l'archipel espagnol des Canaries, porte d'entrée atlantique vers l'Europe.
Le drame a une origine d'une banalité tragique : le bateau est tombé en panne de carburant peu après son départ. Sans moteur, il s'est retrouvé livré aux courants, dérivant pendant près d'un mois avant d'atteindre le port de Nouadhibou, en Mauritanie, le 18 juillet.
Vingt-cinq jours en mer sans vivres suffisants ni eau : les survivants ne sont, pour l'essentiel, que ceux qui ont tenu physiquement. Parmi eux, deux enfants ont perdu toute leur famille.
Le décompte, et ses incertitudes
Les chiffres, comme souvent dans ces naufrages, sont à manier avec précaution. Sur environ 160 personnes embarquées, les garde-côtes mauritaniens estiment à 122 le nombre de disparus, auxquels s'ajoutent des corps retrouvés, pour un total d'au moins 143 morts ou disparus. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a confirmé l'incident.
Il faut être clair sur ce que ces nombres recouvrent : « disparus » ne signifie pas que l'on continue de chercher des vivants après vingt-cinq jours de dérive, mais que les corps n'ont pas été retrouvés. Le bilan humain réel est donc, selon toute vraisemblance, celui d'une catastrophe quasi totale pour cette embarcation.
La route atlantique, meurtrière et méconnue
Ce drame rappelle l'existence d'une voie migratoire souvent moins médiatisée que la Méditerranée : la route atlantique, depuis les côtes d'Afrique de l'Ouest vers les Canaries. Elle est réputée parmi les plus dangereuses au monde.
Les distances y sont considérables, les embarcations souvent inadaptées, et une simple panne, comme ici, transforme la traversée en dérive mortelle sur l'immensité de l'océan. Contrairement à la Méditerranée, plus surveillée, une avarie au large de l'Afrique de l'Ouest peut n'être découverte que des semaines plus tard, quand il est trop tard.
Les mêmes autorités ont indiqué avoir mené, entre le 14 et le 18 juillet, trois autres opérations de secours ayant permis de porter assistance à des centaines de personnes sur d'autres embarcations. Le naufrage relaté ici n'est donc pas un cas isolé, mais l'épisode le plus meurtrier d'une période particulièrement chargée sur cette route.
Pourquoi cela concerne aussi l'Europe
Pour un lecteur français, ce drame lointain n'est pas sans lien avec l'actualité du continent. Les Canaries sont un territoire européen, et cette route atlantique est directement reliée aux débats sur la politique migratoire de l'Union.
Derrière les chiffres, une réalité constante : tant que des personnes jugeront le risque d'une dérive de vingt-cinq jours préférable à leur situation de départ, ces traversées continueront. Le bilan de Nouadhibou en est le énième rappel, particulièrement cruel.



