Alors que l'été 2026 a remis la question de l'eau au premier plan en France, avec sécheresse et restrictions, une technique éprouvée ailleurs mérite le détour : récupérer l'eau directement dans le brouillard, sans forer ni pomper.

Comment ça marche

Le principe est d'une simplicité déroutante. On tend de grands filets face au vent, dans une zone régulièrement noyée de brume. Les gouttelettes en suspension dans l'air se déposent sur les mailles, ruissellent, et sont collectées dans des gouttières en contrebas. Pas de moteur, pas d'électricité pour la captation elle-même : c'est le relief et le vent qui font le travail.

L'installation la plus documentée se trouve, selon Futura Sciences, sur le mont Boutmezguida, à 1 200 mètres d'altitude dans l'Anti-Atlas, au sud-ouest du Maroc. Le projet est piloté depuis 2006 par une ONG marocaine, Dar Si Hmad.

Des chiffres qui parlent

Le rendement n'a rien d'anecdotique. Les filets du site peuvent recueillir jusqu'à une soixantaine de litres d'eau par mètre carré de maillage en vingt-quatre heures. Avec quelque 600 mètres carrés de filets, l'installation peut produire, dans ses meilleures conditions, jusqu'à 36 000 litres par jour.

Cette eau est ensuite acheminée par gravité vers les villages, à travers plus de dix kilomètres de canalisations, l'énergie solaire servant à faire fonctionner le système de distribution.

Un point de méthode : ces valeurs sont des maxima, obtenus quand la brume est au rendez-vous. La production réelle varie fortement selon la météo, et c'est précisément la limite du procédé.

Un gain d'efficacité considérable

Ce qui a fait passer la technique du bricolage à l'outil sérieux, c'est l'ingénierie des filets eux-mêmes. Gareth McKinley, professeur au MIT, explique que le travail sur la taille des mailles, le diamètre des fibres et les revêtements a amélioré l'efficacité de collecte d'environ 500 % par rapport aux premiers dispositifs.

Autrement dit, à surface égale et brouillard égal, un filet moderne capte plusieurs fois plus d'eau qu'un filet d'il y a vingt ans. C'est ce saut de rendement qui rend le procédé économiquement pertinent pour des communautés isolées.

Ce que la technique ne peut pas faire

Il faut être clair pour ne pas vendre du rêve : le captage du brouillard n'est pas une solution universelle à la pénurie d'eau.

Il exige trois conditions cumulatives : un brouillard régulier, une topographie adaptée et une altitude suffisante pour intercepter les nappes de brume. Ces conditions se rencontrent sur certaines façades montagneuses exposées à des vents humides, comme au Maroc, au Chili ou au Pérou, mais pas partout.

Les régions arides sans relief brumeux, comme les grandes plaines côtières désertiques, n'en tirent rien et doivent se tourner vers d'autres réponses, au premier rang desquelles le dessalement, bien plus coûteux en énergie.

Et pour la France ?

N'attendez pas des filets à brouillard sur les collines de l'Essonne : le stress hydrique français, lié à la baisse des nappes et à l'évaporation estivale, ne relève pas du même problème que l'alimentation de villages de montagne sans réseau.

L'intérêt de cette technique, pour un lecteur français, est ailleurs. Elle rappelle qu'une partie des réponses au manque d'eau est locale, sobre et adaptée à un contexte précis, plutôt qu'universelle. Et elle illustre une idée simple : avant de produire de l'eau à grand renfort d'énergie, on peut souvent commencer par mieux récolter celle que la nature met déjà à disposition, ici sous forme de brume.