Il y a des animaux qui semblent sortis de l'imagination d'un dessinateur. Le condylure étoilé en fait partie. Cette petite taupe d'Amérique du Nord porte au bout du museau une couronne de vingt-deux appendices roses et mobiles, disposés en étoile, qui lui ont valu son nom. Presque aveugle, elle explore le monde par le toucher et l'odorat. Et elle vient de livrer un secret que l'on croyait hors de portée d'un mammifère.

Sentir sous l'eau, un défi physique

Sentir, pour un animal terrestre, c'est faire entrer de l'air chargé de molécules odorantes dans le nez. Sous l'eau, l'exercice paraît impossible : on ne respire pas, et les narines ne peuvent pas aspirer d'odeurs comme à l'air libre. On tenait donc l'odorat aquatique pour une impasse chez les mammifères.

Le condylure étoilé, animal semi-aquatique qui chasse dans la vase et les cours d'eau, contredit cette évidence.

Ce que les caméras ont montré

Selon Futura Sciences, des scientifiques ont filmé l'animal en aquarium avec des caméras ultrarapides. Ils ont alors observé un comportement déroutant : sous l'eau, le condylure produit des bulles d'air.

Et pas n'importe comment. Il expulse puis réinhale ces bulles à un rythme effréné, plus de dix fois par seconde. Les bulles, au contact de l'eau, se chargent des molécules odorantes qui s'y trouvent. En les ré-inspirant, l'animal capte ces odeurs.

Autrement dit, le condylure ne se contente pas de faire des bulles : il renifle avec elles. Exactement comme un mammifère terrestre flaire l'air, mais transposé sous la surface, grâce à cette navette d'air minuscule et ultrarapide.

Une prouesse d'ingénierie naturelle

Ce mécanisme force l'admiration par sa simplicité et son économie. Pas d'organe nouveau, pas de miracle : juste un usage détourné et virtuose de l'air, cette denrée rare quand on chasse la tête sous l'eau.

Il illustre une idée chère aux biologistes : l'évolution ne réinvente pas tout à chaque problème, elle bricole avec l'existant. Un nez conçu pour l'air apprend à fonctionner dans l'eau non pas en se transformant radicalement, mais en développant un comportement, ce va-et-vient de bulles, qui contourne l'obstacle.

Ce que l'on sait, et ce qui reste à préciser

Restons mesurés sur ce que cette observation établit. Le comportement de bullage et son lien avec l'odorat ont été filmés et documentés. En revanche, le détail de tout ce que l'animal parvient à détecter ainsi, et l'ampleur exacte de cette capacité, relèvent encore de recherches en cours.

Cela n'enlève rien à l'essentiel : un petit mammifère quasi aveugle, doté d'un museau en étoile, a résolu à sa façon un problème que l'on croyait insoluble. La nature, une fois de plus, avait une longueur d'avance sur ce que nous pensions possible.

Voilà notre animal de la semaine. Il ne fait pas la une des journaux, mais il rappelle qu'il reste, tout près de nous, des créatures dont on n'a pas fini de percer les astuces.