L'ambre fascine parce qu'il fige le temps : une goutte de résine durcie qui emprisonne un insecte, un pollen, une bulle d'air vieille de dizaines de millions d'années. Mais l'ambre que viennent d'identifier des chercheurs en Chine ne contient aucun animal, et pour une bonne raison : il s'est formé avant qu'aucun animal ne foule la terre ferme.
Un record repoussé de 65 millions d'années
D'après le compte rendu de Futura Sciences, ces fragments sont datés de 385 millions d'années, soit le Dévonien moyen. C'est considérable : jusqu'ici, le plus ancien ambre connu remontait à 320 millions d'années. La découverte recule donc le record de 65 millions d'années d'un seul coup.
Les travaux, menés par une équipe emmenée par Cihang Luo, ont été publiés ce mois-ci dans la revue Science Advances, une référence scientifique. Détail savoureux : les chercheurs ne cherchaient pas de l'ambre mais du charbon. Ce sont 241 minuscules fragments, révélés sous lumière ultraviolette, qui ont livré la surprise, dans la formation géologique de Hujiersite, au nord-ouest de la Chine.
Ce que cet ambre raconte
L'intérêt dépasse la simple performance chronologique. Cet ambre est la trace d'un geste très ancien du vivant : la production de résine par des plantes.
Au Dévonien, il n'y a ni fleurs, ni arbres tels que nous les connaissons, ni insectes courant sur le sol. Les plantes qui ont produit cette résine étaient probablement des progymnospermes ou des lycophytes, des végétaux d'un monde disparu, en train de conquérir les continents.
Or, produire de la résine n'est pas anodin pour une plante. C'est un mécanisme de défense et de cicatrisation : la résine colmate les blessures, protège des agressions, des champignons, peut-être des premiers organismes qui s'attaquaient aux tissus végétaux.
Une hypothèse séduisante, à manier avec prudence
Les auteurs avancent une idée intéressante : cette capacité précoce à fabriquer de la résine pourrait avoir contribué au succès des plantes terrestres, en les aidant à survivre dans un environnement nouveau et hostile, et aurait accompagné l'émergence des premiers écosystèmes forestiers.
Il faut ici distinguer ce qui est établi de ce qui est interprété. Ce qui est établi, c'est que des plantes du Dévonien produisaient déjà de la résine fossilisable, ce que personne n'avait démontré à une date aussi reculée. Ce qui relève de l'hypothèse, c'est le rôle exact de cette résine dans la conquête des continents. La découverte ouvre la question ; elle ne la tranche pas.
Pourquoi ça compte
Au-delà de l'exploit, cette trouvaille rappelle une chose sur la façon dont la science avance. Un record vieux de plusieurs centaines de millions d'années vient de tomber, non pas grâce à une expédition dédiée, mais parce que des chercheurs attentifs ont regardé de près un échantillon collecté pour tout autre chose.
Chaque fragment d'ambre est une fenêtre minuscule sur un instant du passé profond de la Terre. Ceux-ci nous montrent un monde presque impensable : des plantes seules sur des continents nus, produisant déjà, à leur manière, de quoi se protéger, des dizaines de millions d'années avant que la première patte animale ne s'y aventure.



