On imagine volontiers le diamant comme un objet de surface, taillé et serti sous une vitrine de joaillier. Son histoire vraie commence pourtant à des profondeurs vertigineuses, et une étude vient de la faire remonter plus bas encore que ce que les géologues supposaient.
Une naissance dans la zone de transition
Le sujet, rapporté par Futura Sciences, concerne une catégorie très particulière de pierres, les diamants dits Clippir. L'acronyme désigne des diamants comparables au fameux Cullinan : grands, très purs, presque sans inclusions, de forme irrégulière. C'est dans cette famille que l'on trouve les plus gros joyaux jamais extraits.
Or ces diamants d'exception se formeraient probablement à plus de 400 kilomètres de profondeur, dans une région du globe appelée zone de transition du manteau. C'est bien plus bas que la fourchette habituellement retenue pour la plupart des diamants, ce qui fait de ces pierres de véritables carottes remontées des entrailles de la planète.
Un indice dans la roche qui les porte
Comment relier une pierre trouvée en surface à une naissance aussi profonde ? Par la roche qui la transporte.
Les chercheurs ont observé que les kimberlites, ces roches volcaniques qui font remonter les diamants, ont davantage de chances de contenir des Clippir lorsqu'elles renferment des olivines riches en fer. Cette corrélation, elle, est un fait mesuré. Elle sert de fil conducteur pour reconstituer le trajet de ces diamants et le milieu dans lequel ils ont grandi.
Le recyclage des fonds océaniques
Vient ensuite l'interprétation, la plus spectaculaire. Ce lien avec des roches riches en fer suggère que la formation de ces diamants serait liée au recyclage d'anciens fonds océaniques.
Le scénario proposé est le suivant : d'anciennes portions de croûte océanique basaltique, altérées jadis par la circulation de fluides chauds, auraient été entraînées en profondeur. Ce matériau dense aurait ensuite été happé par de gigantesques colonnes de roches brûlantes remontant depuis la base du manteau, les panaches mantelliques, avant d'être stocké sous les vieux continents. C'est dans ce grand cycle de plongée et de remontée que les diamants Clippir se seraient constitués.
Observation et hypothèse : la frontière à garder en tête
Comme souvent en sciences de la Terre, il faut distinguer ce que l'on mesure de ce que l'on déduit.
Ce qui est établi : ces diamants se forment très profond, et leur présence est corrélée à des roches particulières. Ce qui relève du modèle : l'histoire du recyclage de croûte océanique et du transport par panaches mantelliques. C'est une reconstitution cohérente et séduisante, mais elle reste une interprétation appuyée sur des indices indirects, non une observation directe d'un phénomène qui se déroule à des centaines de kilomètres sous nos pieds, hors de portée de tout forage.
Un joyau devenu archive
C'est peut-être là le plus fascinant. Ces pierres qui symbolisent le luxe et l'apparence sont, pour le géologue, des archives d'une rare précision.
Emprisonnant en elles la mémoire chimique de leur milieu de formation, elles offrent une fenêtre sur des profondeurs que l'on n'atteindra jamais physiquement. Le prochain gros diamant tiré d'une mine ne racontera donc pas seulement une histoire de carats et de vitrines : il portera, gravée dans sa matière, une partie de l'histoire mouvementée de la Terre elle-même.



