Tout propriétaire de chat connaît la scène : vous rentrez, l'animal vous renifle une seconde, puis se détourne, l'air parfaitement indifférent. Vexant ? Pas forcément, à en croire une étude japonaise qui offre à ce comportement une explication bien plus flatteuse pour vous.

Une expérience simple et parlante

Les travaux, rapportés par Futura Sciences, ont été menés par une équipe de l'université d'agriculture de Tokyo, autour de Yutaro Miyairi, et publiés dans la revue PLOS One. L'échantillon est modeste mais net : 30 chats domestiques, âgés en moyenne de sept ans.

Le protocole tient en trois tubes. On a présenté à chaque chat trois échantillons à renifler : l'odeur de son propriétaire, celle d'un inconnu, et un tube témoin sans odeur.

Le résultat, contre-intuitif

L'observation est nette : les chats passaient significativement moins de temps à renifler l'odeur de leur propriétaire que celle de l'étranger.

À première vue, on croirait à de l'indifférence, voire à un rejet. Le maître, on l'ignore ; l'inconnu, on l'examine longuement. C'est exactement ce que notre intuition de propriétaire vexé conclurait.

Les chercheurs proposent la lecture inverse. Si le chat s'attarde peu sur votre odeur, c'est justement parce qu'il l'a immédiatement reconnue et classée parmi les odeurs familières, sans avoir besoin d'y revenir. L'odeur inconnue, elle, demande une inspection prolongée, parce qu'elle n'est pas encore identifiée ni rangée dans la bonne case.

Autrement dit, le reniflage bref serait un signe de confiance, pas de dédain. Ce qui est connu et sûr ne nécessite pas d'analyse ; ce qui est nouveau, oui.

Un détail troublant : la narine choisie

L'étude relève un point encore plus curieux. Face à une odeur inconnue, les chats utilisaient d'abord préférentiellement leur narine droite, puis la gauche ensuite.

Ce genre de latéralisation, l'usage préférentiel d'un côté selon la situation, est documenté chez plusieurs animaux et renvoie à une spécialisation des deux hémisphères du cerveau. Chez le chat, cela suggère que le traitement d'une odeur nouvelle et celui d'une odeur familière ne mobilisent pas exactement les mêmes circuits.

Ce qui est mesuré, ce qui est interprété

Restons précis, car c'est là que ce genre d'étude se joue.

Ce qui est mesuré, sans ambiguïté : la durée de reniflage selon l'odeur, plus courte pour le propriétaire, et la narine utilisée en premier. Ce sont des faits comportementaux observés et chiffrés.

Ce qui est interprété : l'idée que le reniflage bref traduit la confiance et une reconnaissance immédiate. C'est une lecture cohérente et séduisante, mais c'est une interprétation. Trente chats, c'est un échantillon réduit, et la vie intérieure d'un félin reste largement une boîte noire. On observe un comportement ; on lui prête un sens qui reste à confirmer.

La morale de l'histoire

Faut-il en conclure que votre chat vous adore et vous fait confiance ? L'étude ne va pas jusque-là, et la prudence s'impose. Mais elle offre au moins une alternative rassurante à l'interprétation blessante.

La prochaine fois que votre chat vous flairera distraitement avant de vaquer à ses occupations, vous pourrez donc choisir votre version : il vous snobe, ou il vous a reconnu si vite qu'il n'a pas eu besoin d'insister. La science, pour une fois, penche du côté agréable.