Notre animal de la semaine est un petit oiseau australien au plumage bleu électrique, le mérion superbe. Et il a résolu, à sa façon, un problème que même les parents humains connaissent : comment être sûr que l'enfant que l'on nourrit est bien le sien.
Une leçon donnée avant la naissance
Le comportement décrit par Futura Sciences a de quoi surprendre : la femelle mérion superbe chante à ses œufs. Pas n'importe quoi : un cri bien particulier, qu'elle répète alors que les poussins sont encore dans la coquille.
Résultat, une fois éclos, les oisillons reproduisent ce cri précis pour réclamer leur nourriture. Ils l'ont, en quelque sorte, appris par cœur avant même de voir le jour. Des scientifiques australiens ont mis le phénomène en évidence en plaçant des micros sous les nids pour enregistrer ces échanges.
Un mot de passe contre les imposteurs
Pourquoi une telle mise en scène ? L'interprétation des chercheurs est aussi élégante qu'une intrigue policière. Ce cri fonctionnerait comme un mot de passe familial.
Le mérion superbe est en effet une victime du coucou, cet oiseau tricheur qui pond ses œufs dans le nid des autres pour leur faire élever son petit à leur insu. Le poussin de coucou, souvent plus gros et plus vorace, monopolise alors la nourriture, au détriment des vrais rejetons.
En apprenant à ses œufs un cri spécifique, chaque femelle mérion transmettrait un code que seuls ses propres petits connaissent. Au retour au nid, elle nourrirait en priorité les oisillons capables de produire ce cri, et repérerait ainsi l'intrus, incapable de donner le bon « mot de passe », puisqu'il n'était pas là pour l'apprendre.
Ce qui est observé, ce qui est supposé
Comme toujours en éthologie, il faut distinguer les deux plans.
Ce qui est observé : la femelle émet un cri spécifique vers ses œufs, et les poussins reproduisent ce cri après l'éclosion. Ces enregistrements sont des faits documentés.
Ce qui relève de l'interprétation : l'idée que ce cri sert de mot de passe anti-coucou, et que la mère s'en sert pour trier ses petits des intrus. C'est une hypothèse cohérente et séduisante, appuyée par le contexte du parasitisme, mais elle demande à être confirmée par d'autres travaux. On voit le comportement ; on lui prête une fonction qui reste à démontrer pleinement.
La beauté de la ruse
Ce qui rend cette histoire fascinante, c'est qu'elle illustre une véritable course aux armements de l'évolution. Le coucou perfectionne son imitation ; ses hôtes inventent des parades de plus en plus subtiles. Ici, la parade n'est pas physique mais culturelle : un signal transmis d'une génération à l'autre, appris et non hérité.
Une mère qui chiffre un mot de passe à l'attention de sa descendance encore dans l'œuf : voilà le genre de trouvaille que la nature garde en réserve, loin des projecteurs, pour qui prend le temps de glisser un micro sous un nid.



