Un appel de détresse vers 23 heures samedi, puis le silence. Le MV Barima, ferry assurant la liaison entre Georgetown, capitale du Guyana, et Port Kaituma, dans le nord-ouest du pays, a chaviré à une dizaine de kilomètres de la côte atlantique. Al Jazeera rapporte que 116 passagers et 17 membres d'équipage se trouvaient à bord, soit 133 personnes.

Dimanche après-midi, les autorités avaient secouru 67 personnes : 41 hommes, 11 femmes, six garçons et neuf filles. Les 66 autres sont officiellement portées disparues, et non déclarées mortes. Le décompte a évolué toute la journée de dimanche au fil des remontées, et il est susceptible de bouger encore.

Un navire de 1939

L'âge du bateau est le premier élément qui interroge. Le MV Barima a été construit en 1939 : il avait donc près de quatre-vingt-dix ans de service au moment du naufrage. Selon les éléments rapportés par Al Jazeera, il avait fait l'objet d'un entretien en 2024, avec un passage en cale sèche prévu la même année.

Sur les causes, le ministre des Travaux publics Juan Edghill a évoqué une forte vague qui aurait couché le navire. L'hypothèse d'un choc avec un corps étranger fait aussi partie des pistes examinées. Rien n'est établi à ce stade.

Une liste de passagers qui ne correspond pas

C'est le point qui a fait basculer l'affaire du drame maritime vers l'enquête judiciaire. Parmi les rescapés, plusieurs ne figuraient tout simplement pas sur le manifeste du navire. Le ministre Edghill y voit le signe d'inexactitudes dans la liste des passagers.

La conséquence est directe et grave : si le registre n'est pas fiable, personne ne sait avec certitude combien de personnes se trouvaient réellement à bord. Le chiffre de 133 est celui du document officiel, pas nécessairement celui de la réalité. C'est aussi ce qui rend le bilan provisoire fragile dans les deux sens.

L'équipage contrôlé positif

Second élément accablant : selon Kaieteur News, des membres d'équipage secourus, dont le capitaine, ont été contrôlés positifs au cannabis. Plusieurs ont été placés en détention le temps des investigations.

Le Premier ministre Mark Phillips a annoncé une enquête portant sur l'exactitude du manifeste, le chargement de la cargaison et le respect des exigences de sécurité. Sa formule ne laisse guère de place au doute sur les intentions des autorités : là où la négligence, la faute ou l'infraction pénale seront établies, les responsables devront en répondre.

Des recherches élargies

Les opérations ont mobilisé les garde-côtes guyaniens, le ministère de la Défense et des navires privés opérant dans le secteur, nombreux depuis l'essor pétrolier du pays. Commencées de nuit, à la lumière des projecteurs, les recherches ont été progressivement étendues au fil de la journée de dimanche, avec l'intervention de plongeurs.

Pour un pays de moins d'un million d'habitants, où la liaison maritime constitue souvent le seul lien praticable entre la capitale et les régions du nord-ouest, la perte est considérable. Et l'enquête qui s'ouvre porte moins sur une vague que sur les conditions dans lesquelles un navire de 1939 transportait plus de cent trente personnes sans que l'on sache exactement qui.