Un signe de tension rare au sommet de l'État ukrainien. La décision du président Volodymyr Zelensky de limoger son ministre de la Défense a provoqué la colère de nombreux Ukrainiens : des milliers de personnes ont manifesté à Kiev, rapporte franceinfo. Une contestation exceptionnelle en temps de guerre.
Un limogeage qui passe mal
L'éviction du ministre de la Défense, en poste depuis quelques mois seulement, s'inscrit dans un remaniement plus large voulu par le président. Mais elle a surpris et choqué une partie de l'opinion, d'autant que ce ministre était perçu comme compétent, associé notamment à la montée en puissance des drones, devenus une arme décisive sur le front.
Aux yeux de nombreux manifestants, écarter un responsable jugé efficace, sans explication publique claire, apparaît difficilement compréhensible en pleine guerre. Certains y voient le risque d'une reprise en main politique, au détriment de l'efficacité militaire, et l'ont fait savoir dans la rue.
Manifester sous la loi martiale
Ce qui frappe, c'est le caractère inédit de cette mobilisation. Depuis le début de l'invasion russe, l'Ukraine vit sous la loi martiale, et les manifestations d'ampleur y sont rares, l'unité nationale primant sur les désaccords. Voir des milliers de personnes descendre dans les rues de la capitale pour contester une décision présidentielle est donc un événement notable.
Cette fronde illustre les tensions qui peuvent émerger, même dans un pays en guerre soudé face à l'agresseur, dès lors que la conduite du pouvoir suscite l'incompréhension. Elle place Zelensky, jusqu'ici solidement soutenu, face à un mécontentement qu'il ne peut ignorer.
Un « cadeau à Moscou » ?
L'affaire est scrutée avec attention de l'autre côté du front. Côté russe, on affiche l'indifférence tout en se félicitant, en creux, de ces remous au sein de l'appareil ukrainien, souligne L'Express. Tout ce qui fragilise ou divise Kiev est, pour Moscou, une bonne nouvelle.
Certains commentateurs proches du Kremlin s'emploient d'ailleurs à amplifier l'idée d'un pouvoir ukrainien affaibli et divisé. Une lecture intéressée, qui rappelle combien la dimension politique et psychologique compte, aussi, dans ce conflit.
Le front, toujours
Pendant que la capitale s'agite, la guerre, elle, ne s'arrête pas. Les frappes russes se poursuivent sur le territoire ukrainien, rappelant l'urgence permanente à laquelle le pays fait face. C'est dans ce contexte tendu que le remaniement doit se mettre en place et qu'un nouveau responsable devra prendre en main le ministère de la Défense.
Pour Zelensky, l'enjeu est désormais de rassurer, d'expliquer sa décision et de préserver l'unité, alors que la moindre fissure peut être exploitée par l'adversaire. Cet épisode, s'il reste circonscrit, n'en constitue pas moins un avertissement : même en guerre, le soutien populaire ne se décrète pas, il s'entretient.



