Le constat dressé par la filière maraîchère est sans nuance. « Toutes les productions agricoles sont touchées », alerte Cyril Pogu, co-président de la fédération Légumes de France, dans un entretien à franceinfo. Après trois épisodes caniculaires depuis le début de l'été, l'organisation avance une première estimation : entre 25 et 30 % de pertes de production sur l'ensemble des filières légumières.
Des dégâts très inégaux selon les cultures
Derrière cette moyenne se cachent des situations extrêmement contrastées. Le bilan établi filière par filière, détaillé par Réussir fruits & légumes, fait apparaître des écarts considérables.
La fraise accuse environ 30 % de pertes. La carotte et le navet se situent dans une fourchette de 20 à 30 %. Les pois et haricots destinés à l'industrie perdent de 30 à 40 %. Le poireau de printemps tombe à moitié. Et pour certaines cultures, le mot « perte » devient impropre : l'ail, l'oignon et l'échalote, comme les salades et jeunes pousses, atteignent localement 100 % de destruction.
Les cultures les plus exposées sont celles à cycle court et à forte teneur en eau, dont la salade est l'exemple type. Une feuille qui grille ne se rattrape pas : contrairement à une céréale, il n'y a pas de récolte dégradée mais commercialisable, il n'y a rien.
Trois canicules et des sols plus secs qu'en 1976
L'accumulation explique l'ampleur des dégâts. Trois vagues de chaleur se sont succédé sans que les cultures disposent d'un intervalle de récupération. À cela s'ajoute un déficit hydrique des sols que les professionnels décrivent comme plus marqué encore que lors de la sécheresse de 1976, référence historique en France, avec des restrictions d'usage de l'eau en vigueur dans la quasi-totalité des départements.
Pour un maraîcher, cette combinaison est la pire possible : la chaleur augmente les besoins en irrigation au moment précis où les arrêtés préfectoraux en limitent l'accès. Les exploitations non irriguées, elles, n'ont aucun levier.
Une question de trésorerie, pas seulement de rendement
L'inquiétude de la profession dépasse le bilan agronomique. Les frais de production, eux, ont été engagés en totalité : semences, plants, main-d'œuvre, énergie, mécanisation. Une exploitation qui perd un tiers de sa récolte ne perd pas un tiers de son revenu, elle perd sa marge, puis mord sur sa trésorerie.
Légumes de France alerte sur ce point précis, la pérennité d'un nombre significatif d'exploitations étant en jeu. La filière a formulé une série de demandes aux pouvoirs publics pour sécuriser la production, rapporte Réussir, portant notamment sur l'accès à l'eau et sur les dispositifs d'accompagnement des exploitations sinistrées.
Ce que le consommateur verra
Les effets sur les étals se manifesteront avec un décalage de quelques semaines à quelques mois selon les produits. Une raréfaction de l'offre sur des légumes de saison conduit mécaniquement à une tension sur les prix, et pousse la distribution à se tourner vers l'importation pour combler les volumes manquants.
Reste que ces épisodes ne relèvent plus de l'accident isolé. Leur répétition d'une année sur l'autre pose une question que la profession formule désormais ouvertement : celle de l'adaptation d'un modèle de production conçu à une époque où les étés français ressemblaient à autre chose.



