La riposte s'organise. Quelques jours après que la Cour des comptes a épinglé le « tarif agent », cet avantage énergétique très généreux dont bénéficient les salariés du secteur, les syndicats appellent à la grève pour le défendre, rapporte Le Parisien.

Rappel : de quoi parle-t-on ?

Le tarif agent est un avantage historique, hérité de la création d'EDF et de GDF en 1946. Il permet aux personnels des industries électriques et gazières (EDF, Engie, Enedis, GRDF et autres) de payer leur électricité et leur gaz à un prix très fortement réduit, une facture allégée de l'ordre de 90 %. Il concerne aussi bien les salariés en activité que les retraités du secteur.

C'est ce dispositif que la Cour des comptes a récemment qualifié de « coût démesuré », estimant qu'il ne peut « perdurer en l'état », rappelle Boursorama. Un avantage chiffré à plusieurs centaines de millions d'euros par an, dont la remise en cause est désormais sur la table.

La menace qui met le feu aux poudres

C'est cette perspective d'une révision, voire d'une suspension, qui a provoqué la colère des organisations syndicales. Face au risque de voir cet avantage raboté, plafonné ou modulé, elles ont décidé de passer à l'action et d'appeler les salariés à débrayer, avec le dépôt de préavis de grève.

Pour les syndicats, il ne s'agit pas de défendre un privilège, mais un droit acquis, inscrit dans le statut du personnel des industries électriques et gazières. Ils y voient une contrepartie aux contraintes du métier, horaires décalés, astreintes, mobilisation en cas de crise énergétique, et un pilier du modèle social hérité de l'après-guerre. Toucher au tarif agent, préviennent-ils, reviendrait à s'attaquer à ce statut dans son ensemble.

Le risque de perturbations

En brandissant l'arme de la grève dans un secteur aussi stratégique que l'énergie, les syndicats disposent d'un moyen de pression considérable. Une mobilisation d'ampleur pourrait, selon son suivi, peser sur le fonctionnement du service, même si l'alimentation en électricité des Français bénéficie de garanties destinées à assurer la continuité de l'approvisionnement.

L'enjeu, pour le mouvement, est autant symbolique que pratique : montrer la capacité du secteur à se mobiliser et dissuader le gouvernement d'aller au bout d'une réforme jugée inacceptable.

Deux logiques face à face

Ce bras de fer illustre une tension classique. D'un côté, l'argument de la Cour des comptes et de la rigueur budgétaire : dans un contexte de finances publiques tendues et de prix de l'énergie élevés pour tous, un avantage aussi important pose une question d'équité vis-à-vis des autres consommateurs, qui, eux, paient plein tarif. De l'autre, la défense d'un acquis social ancien, présenté comme indissociable du statut et du service public.

Entre ces deux logiques, le gouvernement devra trancher, ou reculer. La suite dépendra du rapport de force qui s'installera dans les prochaines semaines, entre la volonté affichée de maîtriser la dépense et la détermination de syndicats bien décidés à ne rien lâcher sur un dossier hautement symbolique. Un test, aussi, de la capacité de l'exécutif à réformer des avantages historiques sans provoquer de blocage.