Peu d'accessoires auront été autant raillés. Rond, mou, sans structure, le bob a longtemps servi de raccourci visuel pour désigner le vacancier mal fagoté ou le spectateur de bord de route agitant un fanion publicitaire. Cette réputation a cessé de coller, constate franceinfo : le chapeau s'est réinstallé sur les défilés et sur les scènes de concert.

Une double appartenance

La particularité du bob tient à ce qu'il appartient simultanément à deux univers qui ne se parlaient guère. D'un côté la culture populaire française, celle du Tour de France et des goodies distribués sur la caravane publicitaire. De l'autre, la scène rap et le streetwear, où le chapeau s'est imposé comme un marqueur assumé.

Cette ambivalence explique sans doute sa résilience. Un accessoire trop connoté par une seule tribu vieillit avec elle ; le bob, lui, a toujours eu plusieurs vies parallèles, ce qui lui a permis de revenir par une porte quand il sortait par une autre.

D'un objet utilitaire à un objet de mode

Ses origines sont fonctionnelles. Le chapeau à bords souples et rabattables a d'abord équipé des gens qui travaillaient dehors, avant d'être adopté par plusieurs armées au XXe siècle pour la protection qu'il offre contre le soleil et la pluie, et parce qu'il se plie et se range dans une poche sans dommage. Le modèle militaire à larges bords porté en zone tropicale en est l'héritier direct.

Le passage à la mode s'est fait par la jeunesse, notamment via la culture hip-hop américaine puis les scènes électroniques britanniques, qui ont récupéré un objet dénué de prestige pour en faire un signe de reconnaissance. Le mécanisme est classique : la mode va souvent chercher ses formes dans le vêtement de travail ou d'uniforme, précisément parce qu'ils n'ont pas été dessinés pour plaire.

Les déclinaisons de l'été

Le retour actuel ne se joue pas sur un modèle unique. La paille s'impose comme matière de saison, avec un rendu plus habillé que le coton ou le nylon. Le crochet, lui, prolonge le goût persistant pour les pièces d'allure artisanale et légèrement rétro. Les coupes s'élargissent, les bords s'allongent.

Côté prix, l'écart est considérable, du bob de festival à quelques euros aux modèles de maisons de mode qui atteignent plusieurs centaines. C'est aussi ce qui rend l'objet commode pour l'industrie : il se décline à tous les niveaux de gamme sans changer de forme.

L'argument qui ne se discute plus

Il y a enfin une raison moins esthétique à ce succès. Les étés français s'installent durablement dans des températures élevées, et se couvrir la tête a cessé d'être une coquetterie. Face à une casquette, qui laisse la nuque et les oreilles exposées, le bob a l'avantage géométrique de protéger tout autour du crâne.

C'est peut-être là que se joue son avenir. Une tendance vestimentaire se retourne en général en trois ou quatre saisons. Un accessoire dont on a besoin, en revanche, a de bonnes chances de rester, quitte à redevenir discrètement ringard entre deux cycles.