Il y a une phrase de Stéphane Ricordel qui explique à peu près toute sa trajectoire : « Je n'étais pas ce qu'on appelle un enfant de la balle. J'ai choisi cette discipline parce que j'avais le vertige et que je voulais lutter contre. » La discipline, c'était le trapèze volant. L'homme qui l'a dite est mort jeudi 30 juillet à l'âge de 62 ans, annonce Sceneweb. La cause de son décès n'a pas été rendue publique.
Un parcours qui ne menait pas au cirque
Rien ne l'y destinait. Une enfance passée en grande partie à l'étranger, dix-sept années entre l'Algérie, le Koweït et la Libye, puis des études d'arts plastiques et de biologie cellulaire à Paris. Le détour par le spectacle vivant arrive ensuite, et par deux portes plutôt qu'une : les cours de théâtre de Claude Régy d'un côté, l'école de cirque d'Annie Fratellini de l'autre.
Cette double formation explique beaucoup de ce qu'il fera ensuite. Ricordel n'a jamais abordé le cirque comme une suite de prouesses. Il l'a traité comme une écriture, avec une dramaturgie, un rapport au public, une lumière.
Les Arts Sauts, quinze ans dans les airs
En 1992, il cofonde Les Arts Sauts. La compagnie, qui comptera jusqu'à trente-cinq membres, va donner 1 575 représentations dans 57 pays sur une quinzaine d'années. Elle joue sous une bulle gonflable de vingt mètres conçue avec un architecte, le public installé dans des transats, regardant les trapézistes évoluer au-dessus de lui au son d'une chanteuse lyrique, d'un violoncelle et d'une contrebasse. Kayassine, créé en 1998, sera joué 544 fois.
Le dispositif a marqué une génération de spectateurs, et il a surtout déplacé une frontière. Avant Les Arts Sauts, le trapèze volant était un numéro dans un programme. Après, il pouvait être un spectacle entier, avec sa propre logique poétique. C'est l'apport principal de Ricordel au cirque contemporain français.
Le Monfort, puis le Rond-Point
Quand le corps ne suit plus, il passe de l'autre côté. À partir de 2009, il dirige avec Laurence de Magalhaes le théâtre Silvia-Monfort, rebaptisé Le Monfort, et y installe pendant treize ans une programmation où le cirque, le théâtre et la danse cohabitent sans hiérarchie. Il signe aussi plusieurs mises en scène, dont ÂM en 2011, Nuage en 2015 et Terabak de Kyiv en 2016. De 2017 à 2024, il dirige par ailleurs le festival Paris l'Été, héritier de Paris Quartier d'été.
En 2022, le duo qu'il forme avec Laurence de Magalhaes est nommé à la tête du Théâtre du Rond-Point, succédant à Jean-Michel Ribes, qui occupait le poste depuis deux décennies. La succession n'était pas simple : Ribes avait imprimé au lieu une identité très personnelle, celle d'un théâtre d'auteurs vivants et d'humour grinçant.
Ricordel et de Magalhaes n'ont pas cherché à effacer cette marque. Ils ont élargi le spectre, en y faisant entrer les formes hybrides, la danse et les compagnies internationales. Le Rond-Point est resté un théâtre de création, mais avec une porte ouverte sur les disciplines que Ricordel avait passé trente ans à défendre.
Une collaboration de trois décennies
Le compagnonnage avec Laurence de Magalhaes traverse toute cette histoire, des Arts Sauts au Rond-Point en passant par Le Monfort. C'est une constante rare dans un milieu où les directions se font et se défont. Elle se retrouve aujourd'hui seule à la tête d'une maison qu'ils avaient prise à deux.



