Il aura fallu attendre le neuvième jour pour que le mot « optimisme » revienne dans la bouche des autorités girondines. Jeudi 30 juillet, le mégafeu parti de Saumos n'avait toujours pas progressé : la préfecture de la Gironde confirmait dans son point de 16 heures une surface brûlée stable à 42 000 hectares, après une nuit qualifiée de calme.

Neuf communes rouvertes d'un coup

C'est la décision la plus visible de la journée. Le préfet a autorisé la réintégration de neuf communes supplémentaires : Mios, Le Barp, Cestas, Saint-Jean-d'Illac, Martignas-sur-Jalle, Saint-Médard-en-Jalles, Saint-Aubin-de-Médoc, Salaunes et Sainte-Hélène. En ajoutant les retours déjà consentis à Eysines, Mérignac et Le Haillan, ce sont 144 000 personnes qui ont désormais le droit de rentrer chez elles.

Le chiffre est spectaculaire, mais il faut le lire pour ce qu'il est : une autorisation, pas une fin de crise. Ces communes se trouvent sur le pourtour est et nord de la zone, là où le front n'est plus actif. Les secteurs les plus proches du feu, eux, restent fermés, et les consignes de prudence demeurent.

La circulation, elle aussi, se rétablit par étapes. L'A63 a rouvert dans les deux sens à 14 heures. Les bretelles d'entrée et de sortie entre les échangeurs 25 et 23 restent en revanche condamnées, de même que deux aires de service.

Biscarrosse : le feu des Landes déclaré maîtrisé

Cent kilomètres plus au sud, la bonne nouvelle est venue du préfet des Landes. L'incendie de Biscarrosse, distinct du foyer girondin mais déclenché dans la même séquence de chaleur, est déclaré « maîtrisé », et l'ensemble des quartiers de la ville doivent rouvrir. Ce feu a parcouru environ 3 600 hectares et provoqué l'évacuation préventive de quelque 30 000 personnes, dans une commune dont la population estivale explose au mois de juillet.

Maîtrisé ne veut pas dire éteint. Le terme signifie que le feu ne peut plus s'étendre au-delà du périmètre tenu par les secours. Les lisières continueront d'être noyées pendant plusieurs jours, et les reprises restent le principal risque dans un massif de pins où la tourbe peut couver sous la surface.

Un bilan matériel et humain qui s'alourdit

Derrière l'accalmie, les chiffres de la préfecture rappellent la violence de l'épisode : 240 habitations détruites et 231 sapeurs-pompiers blessés depuis le début des opérations. Aucun décès n'est à déplorer parmi la population, ce qui, au vu de l'ampleur des évacuations, tient largement à la rapidité avec laquelle les communes ont été vidées.

Les moyens engagés jeudi donnent la mesure de la bataille : 3 300 sapeurs-pompiers, 24 moyens aériens, 1 500 militaires, 1 250 membres des forces de sécurité intérieure et 7 engins de pompage. Un dispositif de niveau national, alimenté par des colonnes de renfort venues de départements très éloignés de la Nouvelle-Aquitaine.

Ce qui va décider des prochains jours

Deux inconnues pèsent sur la suite. La première est météorologique : la préfecture attendait des conditions favorables sur l'ensemble de la journée de jeudi, mais un retour du vent ou un nouveau pic de chaleur suffirait à relancer les lisières. La seconde tient à la nature même du terrain. Sur les feux de pins landais, la phase la plus longue n'est pas l'attaque du front, c'est le traitement méthodique des points chauds résiduels, hectare par hectare.

Pour les 144 000 personnes autorisées à rentrer, la question immédiate est plus prosaïque : dans quel état retrouveront-elles leur maison, leur rue, leur commerce. La réponse variera énormément d'un secteur à l'autre. Sur le pourtour, beaucoup ne trouveront rien de plus qu'une odeur de brûlé et un jardin couvert de cendres. Sur les communes les plus touchées, les 240 habitations détruites feront l'objet d'un décompte qui va, lui, continuer de s'affiner pendant des semaines.