La gestion des traversées de la Manche, longtemps confinée au tête-à-tête entre Paris et Londres, prend une dimension européenne. En quelques jours, deux textes ont rebattu les cartes : l'entrée en vigueur, le 12 juin 2026, du pacte européen sur l'asile et la migration, puis la publication d'un plan d'action de l'UE pour la route migratoire Manche-mer du Nord. De quoi parler d'un « premier pas » vers une européanisation d'un dossier resté bilatéral depuis le Brexit.

En quoi consiste ce premier pas

Le plan d'action entend bâtir une stratégie à l'échelle européenne contre l'immigration irrégulière transmanche, les réseaux de passeurs et la criminalité organisée, avec une coopération renforcée sur les retours. Surtout, il doit être mis en œuvre collectivement par les États membres et la Commission, avec l'appui des agences européennes Frontex, Europol et Eurojust. L'idée centrale : ce qui se joue sur les plages du Pas-de-Calais ne concerne plus seulement Paris et Londres, mais une route alimentée en amont par plusieurs États membres (composition exacte du « groupe de Calais » À VÉRIFIER).

En toile de fond, le pacte asile et migration harmonise les procédures, durcit les contrôles aux frontières extérieures, accélère les retours et instaure un mécanisme de solidarité entre États membres.

Un contexte de traversées record

Le changement d'échelle intervient après des années record. Selon les autorités britanniques, plus de 41 000 personnes ont rejoint irrégulièrement le Royaume-Uni en petites embarcations en 2025, l'un des totaux les plus élevés depuis 2018, avec plusieurs dizaines de morts en mer (chiffres À VÉRIFIER).

Le Royaume-Uni n'étant plus membre de l'UE, la coopération reposait sur des accords bilatéraux. Le plus emblématique, dit « un pour un » (renvoi en France de migrants arrivés illégalement, en échange de l'accueil légal par Londres de demandeurs présents en France), était transitoire. En avril 2026, Paris et Londres ont par ailleurs reconduit pour trois ans le traité de Sandhurst, avec un financement britannique conséquent.

Ce que cela changerait — et les critiques

L'européanisation pourrait sortir la France de son rôle de garde-frontière esseulé de Londres, en répartissant la charge entre États membres et en frappant les filières en amont. Mais le basculement ne fait pas l'unanimité. Les ONG y voient le prolongement d'une logique répressive éprouvée à Calais depuis des décennies, et contestent le règlement européen sur les retours, qui fait de l'expulsion forcée la règle et ouvre la voie à des « hubs de retour » hors de l'Union.

L'efficacité, enfin, reste à prouver : malgré les centaines de millions investis, les traversées n'ont pas reculé en 2025. À Calais, associations et élus réclament de « tourner la page de la fuite en avant sécuritaire ». Le premier pas européen ressemble, pour ses détracteurs, surtout à un changement d'échelle de la répression.