On croit reconnaître le timbre rocailleux et l'accent qui ont accompagné L'Arnaque à l'italienne ou la trilogie Batman de Christopher Nolan. Sauf que, cette fois, Sir Michael Caine n'a pas posé un pied en studio. Depuis le 23 juin 2026, L'Odyssée d'Homère est disponible gratuitement en livre audio, narrée par un « double IA » de la voix de l'acteur, sur l'application ElevenReader de la société américaine ElevenLabs.

Une production de treize heures

L'acteur, retiré du cinéma, avait scellé un partenariat avec ElevenLabs dès novembre 2025 pour faire répliquer sa voix par IA, avec son consentement. C'est ce clone vocal qui porte aujourd'hui le récit du retour d'Ulysse. Selon Deadline, la production dure environ treize heures et a nécessité six semaines de travail, mobilisant une vingtaine d'autres voix générées par IA, ainsi qu'une musique et des effets sonores eux aussi produits par les modèles maison. « Il ne s'agit pas de remplacer des voix, mais de les amplifier », a fait valoir l'acteur, cité par NBC News.

Un calendrier tout sauf innocent

Le lancement coïncide avec l'arrivée en salles de l'adaptation de L'Odyssée signée Christopher Nolan (performance commerciale précise À VÉRIFIER). De quoi surfer sur l'engouement autour du mythe homérique, tout en illustrant la stratégie d'ElevenLabs : transformer des voix célèbres en actifs sous licence. La société, qui compte l'acteur Matthew McConaughey parmi ses investisseurs, a multiplié ces accords ces derniers mois. Le montant de la rémunération versée à Caine et l'étendue de son droit de regard sur les usages futurs n'ont pas été rendus publics (À VÉRIFIER).

Aubaine patrimoniale ou cheval de Troie ?

Pour ses défenseurs, un comédien vieillissant peut ainsi prolonger son art, garder la maîtrise de son image sonore et rendre accessibles gratuitement des œuvres du domaine public. Pour ses détracteurs, l'opération illustre la menace que l'IA fait peser sur tout un secteur : narrateurs, comédiens de doublage et voix off, dont le métier repose précisément sur ces enregistrements humains. Une production de treize heures bouclée en six semaines avec une vingtaine de voix synthétiques, c'est autant de cachets potentiellement non versés. Les enjeux de consentement (qui décide, pour combien de temps, après le décès de l'acteur ?) et d'emploi cristallisent les inquiétudes des professionnels. Reste une question vertigineuse, déjà présente dans L'Odyssée : que vaut une voix quand on ne peut plus distinguer l'homme de sa copie ?