À La Défense, le froid ne sort pas des fenêtres mais du sous-sol. Pendant la canicule de cette semaine, la centrale qui climatise le premier quartier d'affaires d'Europe atteint ses limites : elle consomme plus de glace qu'elle ne parvient à en refabriquer la nuit, au risque de livrer une eau de plus en plus tiède aux tours qu'elle dessert.
Ce qui se passe cette semaine
L'installation, exploitée par Idex La Défense, fonctionne à plein régime depuis lundi. Selon l'AFP (via Connaissance des Énergies), elle a atteint lundi après-midi un pic de 77 mégawatts, inédit depuis 2019, et deux tiers du stock de glace ont été consommés en une seule journée. « On utilise plus de glace que ce qu'on a de temps pour la restocker dans la nuit », résume le directeur du site Olivier Fleck, cité par Citoyens.com. Conséquence : l'eau glacée, normalement livrée à 4,5 °C, pourrait l'être à 7,5 °C d'ici jeudi, selon L'Info Durable, dégradant le confort de bureaux déjà réglés à 26 °C. (Les chiffres de « 6 000 m² » et « 3 600 entreprises » avancés par certains médias ne sont pas confirmés : les données techniques évoquent un réseau d'environ 14 km raccordant de l'ordre de 160 immeubles — À VÉRIFIER.)
Comment fonctionne un réseau de froid urbain
Le principe est l'inverse d'un réseau de chauffage : une centrale produit de l'eau glacée (ici ~4,5 °C) qu'elle distribue sous pression dans des kilomètres de canalisations. Dans chaque immeuble, cette eau cède sa fraîcheur à l'air via des échangeurs, puis repart se refroidir. L'astuce de La Défense tient au stockage sous forme de glace : la nuit, quand la demande tombe et que l'électricité est moins chère, des groupes frigorifiques fabriquent de la glace ; le jour, cette glace fond et complète la production, jouant le rôle d'une batterie de froid qui lisse les pics.
Pourquoi la canicule met le système en tension
Deux phénomènes se cumulent : la demande bat des records (toutes les tours appellent du froid en même temps), et la chaleur dégrade le rendement des tours aéroréfrigérantes, qui refroidissent moins bien quand l'air est chaud et humide — au moment précis où il faudrait produire davantage. La nuit, trop courte et trop douce, ne laisse plus assez de temps pour reconstituer la glace. Le système reste toutefois loin de ses records (les pics frôlaient 95 MW il y a dix ans).
Un modèle que la France veut développer
Mutualiser la production évite la multiplication de climatiseurs individuels, plus énergivores et qui rejettent leur chaleur dans la rue. La France compte environ 35 réseaux de froid urbains, et le 3e Plan national d'adaptation au changement climatique vise à tripler le froid renouvelable livré d'ici 2030. La canicule de juin montre néanmoins leur limite : aussi efficaces soient-ils, ils ont été dimensionnés pour un climat qui n'est déjà plus celui d'aujourd'hui.



