Le renseignement intérieur français tourne lentement une page commencée il y a près d'une décennie. La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) a retenu le groupe français ChapsVision et sa plateforme ArgonOS pour remplacer, à terme, le logiciel d'analyse de données massives de l'américain Palantir. L'annonce a été portée publiquement par le Premier ministre Sébastien Lecornu le 16 juin 2026, dans un discours sur l'autonomie stratégique numérique de la France, rapporte Maddyness.
Une bascule par étapes, pas une rupture
Loin d'un débranchement brutal, la transition s'organise par lots successifs : un premier lot fin 2024 (préparation des données), un second en juin 2026 (exploitation, modélisation et visualisation), détaille IT-Connect (montant et périmètre exacts À VÉRIFIER). Palantir ne disparaît pas pour autant : l'éditeur a annoncé fin 2025 un renouvellement de son contrat avec la DGSI pour trois ans, le temps de former les équipes et de migrer.
Palantir, dépendance assumée puis contestée
La DGSI s'était équipée de Palantir en 2016, dans l'urgence, après les attentats de 2015, faute d'acteur français ou européen aux capacités comparables. Dès le départ, la dépendance à une société américaine — proche des agences de renseignement des États-Unis — a suscité un malaise persistant et des craintes sur un possible accès à des données sensibles, rappelle le Portail de l'IE. C'est pour en sortir qu'un appel d'offres a été lancé dès 2022, avec trois finalistes en 2023 : Athea (Atos-Thales), Blueway et ChapsVision.
Qui est ChapsVision
Fondé en 2019 par Olivier Dellenbach, ChapsVision s'est construit par acquisitions (Coheris, Bertin IT, Vecsys, Sinequa) et revendique 200 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2025. Sa plateforme ArgonOS est présentée comme modulaire, capable de traiter données structurées, non structurées et multimédias, avec extraction documentaire, enrichissement OSINT et outils d'investigation dopés à l'IA — déployables sur site ou dans un cloud souverain.
Souveraineté : un signal, pas une fin
« Nous ne pouvons pas accepter de nouvelles dépendances stratégiques dans le numérique », a justifié l'exécutif. Le mouvement dépasse les frontières : le renseignement intérieur allemand aurait lui aussi opté pour ChapsVision mi-mai 2026, selon Solutions Numériques. La prudence reste toutefois de mise : les capacités réellement comparées d'ArgonOS face à Palantir, sur des volumes de niveau sécurité nationale, ne sont pas démontrées publiquement (À VÉRIFIER), et la souveraineté logicielle ne dit rien de la dépendance persistante à d'autres briques étrangères (puces, cloud, modèles d'IA). Le symbole est fort ; la rupture reste à démontrer.



