Quand un porte-conteneurs file en mer ouverte, rien ne semble pouvoir l'arrêter. Mais les océans se rétrécissent à quelques endroits précis — des couloirs de quelques dizaines de kilomètres par lesquels transite une fraction stupéfiante de l'économie mondiale. Les stratèges les appellent des « points névralgiques » (choke points). Les tensions à répétition sur le détroit d'Ormuz posent une question dérangeante : assistons-nous au début d'une « guerre des détroits » ?

Pourquoi quelques passages décident de tout

Un détroit stratégique cumule trois fragilités. Il est étroit, donc facile à fermer avec des mines, des drones ou quelques missiles. Il est incontournable, car le contourner coûte des jours de navigation. Et il concentre des flux que rien ne peut absorber ailleurs à court terme. Selon l'Agence internationale de l'énergie, une part majeure du pétrole mondial dépend d'une poignée de ces verrous.

Le tour des grands verrous

Ormuz, entre l'Iran et la péninsule arabique, reste le plus surveillé : l'Energy Information Administration américaine y mesure environ 20 millions de barils par jour, près d'un cinquième de la consommation mondiale (À VÉRIFIER). Bab-el-Mandeb, à l'entrée sud de la mer Rouge, est le plus chaud : depuis fin 2023, les rebelles houthis ont mené des dizaines d'attaques contre les navires, provoquant le détournement massif des cargos par le cap de Bonne-Espérance. Malacca, entre Malaisie et Indonésie, est l'artère vitale du commerce asiatique. Viennent ensuite le Bosphore, le canal de Suez (12 à 15 % du commerce mondial, À VÉRIFIER), le canal de Panama, frappé en 2024 par une sécheresse historique, et le détroit de Taïwan, par lequel passerait plus d'un cinquième du commerce maritime mondial, selon le CSIS.

Qui peut serrer l'étau

Les menaces sont d'une diversité nouvelle : États (l'Iran à Ormuz, la Chine face à Taïwan), acteurs non étatiques capables de paralyser une route mondiale avec des drones bon marché (les Houthis), et risques diffus — piraterie, accidents, climat. La nouveauté, c'est que des armes peu coûteuses suffisent désormais à menacer des flux colossaux.

Le prix de l'incertitude

Fermer un détroit ne provoque pas qu'une flambée des cours : les primes d'assurance explosent, les déroutements allongent les trajets de dix jours et plus, et les surcoûts se répercutent jusqu'au consommateur. Le détour par le cap de Bonne-Espérance ajoute des milliers de milles nautiques et un coût de carburant considérable par voyage (À VÉRIFIER).

L'angle France et Europe

L'Europe est en première ligne. Importatrice nette d'énergie, elle dépend de Suez et de Bab-el-Mandeb pour une large part de son gaz naturel liquéfié (À VÉRIFIER). C'est dans ce contexte que l'Union a lancé en février 2024 l'opération Aspides, mission navale au mandat « purement défensif » en mer Rouge, à laquelle la France contribue avec des frégates, selon le Service européen pour l'action extérieure (format exact À VÉRIFIER).

Alors, une « guerre des détroits » ?

Le terme est sans doute trop guerrier pour une réalité plus rampante : non pas une bataille frontale, mais une succession de coups de pression, de fermetures partielles et de chantages logistiques. La leçon d'Ormuz et de la mer Rouge est claire : la mondialisation tient à des fils ténus, et ceux qui contrôlent les verrous détiennent un pouvoir de nuisance disproportionné. La parade européenne ne sera pas seulement navale ; elle passera par la diversification des routes, des fournisseurs et des stocks.