Dans une chapelle semi-enterrée de l'église Saint-Jean-Baptiste de Chaource, dans l'Aube, onze figures de pierre grandeur nature rejouent depuis plus de cinq siècles la mise au tombeau du Christ. Ce groupe sculpté, daté de 1515, est l'un des chefs-d'œuvre de la sculpture champenoise — et il vient de fermer ses portes au public pour être restauré.
Le « Maître de Chaource »
L'auteur de ces visages au modelé d'une douceur remarquable reste anonyme : les historiens de l'art l'ont baptisé le « Maître de Chaource », et certains avancent le nom du sculpteur troyen Jacques Bachot, sans certitude. L'œuvre s'inscrit dans ce que l'on appelle le « beau XVIe siècle » troyen, un foisonnement artistique qui, après la guerre de Cent Ans, fit de Troyes et de la Champagne méridionale un grand foyer de la sculpture, en dialogue avec l'Italie et les Flandres. Classée monument historique dès 1840, la Mise au tombeau compte parmi les toutes premières œuvres protégées en France.
Des fissures qui imposaient d'agir
La pierre, toutefois, a souffert. Selon la DRAC Grand Est, des fissures, des remontées de sels liés à l'humidité et d'anciennes restaurations mal adaptées menaçaient l'ensemble. Une intervention d'urgence menée en 2022, puis une étude approfondie, ont confirmé la nécessité d'un chantier global.
Vingt restaurateurs, jusqu'en 2027
Fermée au public depuis début juin, la chapelle accueille désormais une équipe de plus de vingt conservateurs-restaurateurs. L'une des opérations les plus délicates consistera à déplacer le tombeau du Christ — plus de 800 kilos de calcaire — pour atteindre les figures situées à l'arrière. Le chantier, doté d'un budget d'environ 617 000 euros financé par l'État, la préfecture et le département de l'Aube ainsi que par la Sauvegarde de l'art français, doit s'achever à l'été 2027.
En attendant, la commune, propriétaire de l'œuvre, a installé un écran à l'entrée de la chapelle pour que les visiteurs puissent continuer à découvrir le groupe et suivre l'avancée des travaux. Dans deux ans, la Mise au tombeau de Chaource devrait retrouver, autant que possible, le visage que lui avait donné son sculpteur en 1515.



