Chaque année en France, des tonnes de médicaments prescrits et remboursés ne sont jamais consommés. Un gâchis sanitaire et financier que la Cour des comptes a chiffré, dans un rapport de septembre 2025 sur le bon usage des produits de santé, entre 561 millions et 1,7 milliard d'euros par an selon le périmètre retenu. Une fourchette large, mais qui dit l'ampleur du problème pour des comptes sociaux déjà sous tension.

Des milliers de tonnes, en léger recul

En volume, l'éco-organisme Cyclamed, chargé de collecter les médicaments non utilisés en pharmacie, a récupéré environ 7 675 tonnes en 2024, contre 8 503 tonnes l'année précédente — une baisse d'environ 10 % sur un an, avec un taux de collecte porté à 77 %. Le signal est encourageant, mais le stock reste considérable.

Pourquoi tant de boîtes inutilisées ?

Les causes sont connues. D'abord les conditionnements inadaptés : un antibiotique prescrit pour cinq jours mais vendu en boîte de sept, ce sont deux jours de comprimés perdus, multipliés par des millions d'ordonnances. La Cour des comptes recommande d'intégrer cette question aux négociations avec les industriels. Ensuite la sur-prescription et les traitements abandonnés en cours de route, qui alimentent les armoires à pharmacie. Enfin une observance défaillante : un patient sur deux ne suit pas correctement son traitement.

Que faire de ses médicaments ?

La règle est simple : on ne jette pas. Les médicaments périmés ou inutilisés se rapportent en pharmacie, où ils sont collectés puis détruits de façon sécurisée — la réglementation française interdit toute réutilisation. Surtout, on ne les jette ni à la poubelle ordinaire ni dans les toilettes, car les résidus polluent eaux et sols. Le carton et la notice, eux, vont au tri. Les Français sont de plus en plus nombreux à adopter ces réflexes, selon le baromètre de Cyclamed.

Des pistes pour réduire le gâchis

La solution la plus discutée est la dispensation à l'unité : délivrer exactement le nombre de comprimés prescrits. Déjà appliquée pour les stupéfiants et certains médicaments en tension, elle reste marginale en ville. Sa généralisation se heurte à des obstacles logistiques, mais pourrait, selon la Cour des comptes, générer des économies substantielles, notamment sur les antibiotiques. Autres leviers : l'ordonnance numérique pour ajuster les quantités aux besoins réels, et une meilleure valorisation du conseil du pharmacien. Au total, l'institution estime les économies possibles entre 224 et 867 millions d'euros par an.