C'est une opération à forte charge symbolique. Le Slip Français, marque de sous-vêtements fondée en 2011 par Guillaume Gibault sur le pari de la fabrication en France, fait son entrée en Bourse sur Euronext Growth Paris, le compartiment réservé aux PME de croissance.
Les modalités de l'opération
Le prix de l'action a été fixé à 14,80 euros, pour une période de souscription ouverte du 25 juin au 8 juillet et une première cotation prévue le 14 juillet — clin d'œil patriotique évident. Selon le communiqué de la société, l'opération combine une augmentation de capital d'environ 5 millions d'euros, destinée à financer l'entreprise, et une cession d'actions par des actionnaires existants. Montant brut total possible, options comprises : jusqu'à une quinzaine de millions d'euros. Plusieurs investisseurs, dont le fonds Eiffel, se sont déjà engagés à souscrire pour près de 7 millions d'euros, sécurisant une bonne part de l'opération.
Une rentabilité enfin au rendez-vous
Le Slip Français aborde cette étape avec des comptes assainis. Après des exercices déficitaires, la marque a renoué avec les bénéfices en 2025, pour un chiffre d'affaires d'un peu plus de 21 millions d'euros. Ce redressement doit beaucoup à un virage stratégique opéré en 2024 : une forte baisse des prix de vente pour viser un marché plus large, en misant sur les essentiels du quotidien plutôt que sur le cadeau haut de gamme. La production a suivi, portée notamment par l'atelier d'Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis.
Financer l'outil industriel
Les fonds levés doivent servir à muscler l'appareil de production : nouveaux sites, créations d'emplois, élargissement des gammes, avec l'objectif affiché de doubler le chiffre d'affaires d'ici 2030. « Nous invitons tous les Français à participer au succès du Slip Français en devenant actionnaires d'un projet industriel made in France », plaide Guillaume Gibault, qui mise autant sur l'argument financier que sur l'adhésion citoyenne.
Un pari à contre-courant
L'opération tranche avec la frilosité des PME françaises envers la Bourse ces dernières années, le compartiment Euronext Growth peinant à attirer de nouvelles entreprises. En s'y risquant, Le Slip Français joue sur deux tableaux : lever des fonds pour se développer, et transformer son récit de réindustrialisation en argument d'investissement. Reste à convaincre les marchés que le made in France peut aussi être une bonne affaire boursière.



