Pour la première fois depuis qu'il appartient en totalité à l'État, EDF redonne de l'argent à son propriétaire. L'assemblée générale du groupe, réunie le 24 juin sous la présidence de son PDG Bernard Fontana, a approuvé le versement d'un dividende d'un milliard d'euros au titre de l'exercice 2025. La somme, qui sera décaissée le 30 juillet, ira intégralement dans les caisses publiques : l'État est redevenu actionnaire à 100 % d'EDF après le rachat des parts minoritaires finalisé en 2023.
Un retour très partiel sur investissement
Ce milliard est le premier dividende substantiel depuis la nationalisation complète. Rapporté à la mise de départ — l'opération de rachat avait coûté près de 10 milliards d'euros, un montant que la Cour des comptes a jugé trop élevé —, le retour reste modeste. Il a surtout valeur de signal : il dit qu'EDF redégage assez de liquidités pour rémunérer son actionnaire.
Des comptes solides mais en repli
Le geste s'appuie sur des résultats 2025 corrects, mais en nette baisse par rapport à l'année précédente. Le chiffre d'affaires recule à 113,3 milliards d'euros et le bénéfice net retombe autour de 8,4 milliards, contre 11,4 milliards en 2024. En cause, la détente des prix de l'électricité sur les marchés européens après les sommets de 2022-2024, et une production hydraulique en retrait.
Le nucléaire, lui, a tiré son épingle du jeu : la production du parc français a atteint son meilleur niveau depuis plusieurs années, portée par la pleine montée en puissance de l'EPR de Flamanville. Le groupe a aussi réduit sa dette financière nette, ramenée autour de 51 milliards d'euros.
L'ombre des futurs réacteurs
C'est là que l'équation se complique. EDF doit piloter, pour le compte de l'État, la construction de six réacteurs EPR2, dont le coût est estimé à plus de 70 milliards d'euros. À ce chantier hexagonal s'ajoutent les surcoûts du projet britannique de Hinkley Point, dont la facture a encore été revue à la hausse et la mise en service repoussée.
Verser un dividende tout en s'apprêtant à investir des dizaines de milliards dans l'atome : l'arbitrage résume la tension qui traverse l'entreprise. Pour l'État, ce premier milliard est à la fois la preuve que sa renationalisation peut rapporter et un rappel que c'est lui, désormais, qui devra financer l'essentiel du pari nucléaire français.



