C'est une page de quatre-vingts ans qui se tourne. La Confédération des petites et moyennes entreprises, connue de tous sous son sigle CPME, abandonne son acronyme pour s'afficher désormais sous un nom en clair : « Les Entrepreneurs ». Le changement, révélé à ses cadres régionaux, a été officialisé lors de la grande assemblée annuelle de l'organisation, au Parc des Princes, devant plusieurs milliers de participants.
Du sigle au nom
L'organisation n'en est pas à son premier ravalement. Née en 1944 sous le nom de Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME), elle s'était déjà raccourcie en CPME en 2017. Cette fois, c'est le principe même de l'acronyme qui est écarté : l'idée est de parler au grand public avec un mot que tout le monde comprend, plutôt qu'avec des initiales opaques.
La marque d'un président pressé
Derrière ce repositionnement, il y a un homme. Amir Reza-Tofighi, entrepreneur passé par les services à la personne et plusieurs start-up, a pris la tête de l'organisation début 2025, à quarante ans à peine. Sa ligne : faire des dirigeants de TPE-PME non pas « une variable d'ajustement », mais des acteurs centraux du débat économique. Le choix du Parc des Princes pour sa grand-messe n'a rien d'anodin : il répond, stade pour stade, aux Rencontres des entrepreneurs de France que le Medef tient chaque été à Roland-Garros.
Peser face au Medef
Car c'est bien de rapport de force qu'il s'agit. Le patronat français s'organise autour de trois confédérations représentatives : le Medef, qui domine largement la mesure d'audience et fédère surtout les grandes entreprises ; la CPME, qui défend les petites et moyennes structures, artisans et commerçants ; et l'U2P, pour les entreprises de proximité. En nombre d'entreprises, les TPE-PME constituent l'écrasante majorité du tissu économique, même si elles emploient moins de salariés que les grands groupes.
En troquant son sigle contre un nom incarné, l'organisation cherche à rendre ses positions plus audibles — sur la fiscalité des petites entreprises, la simplification administrative ou le coût du travail — à l'approche d'échéances politiques où le patronat veut peser. Reste à transformer l'habillage en influence réelle : le prochain test sera la mesure de la représentativité patronale, qui dira si « Les Entrepreneurs » ont gagné, au-delà du nom, du poids dans le dialogue social.



