Une épidémie née sur un bateau, dispersée aux quatre coins du monde au rythme du débarquement de ses passagers, et désormais sur le point de s'éteindre : l'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que l'alerte au hantavirus déclenchée au printemps devrait être officiellement levée le 2 juillet, si aucun nouveau cas n'apparaît d'ici là.
Un virus embarqué à bord
Tout part d'un navire d'expédition exploité par une compagnie néerlandaise, qui appareille début avril depuis Ushuaïa, à la pointe sud de l'Argentine. Un passager rentrant de plusieurs mois de voyage en Amérique du Sud est, sans le savoir, porteur du virus Andes, une forme de hantavirus. Il développe les premiers symptômes en mer et meurt quelques jours plus tard.
La particularité du virus Andes explique la suite : c'est, selon l'OMS, le seul hantavirus connu capable de se transmettre directement d'une personne à une autre. Les autres souches ne contaminent l'humain que par contact avec des rongeurs ou leurs déjections. En milieu confiné, à bord d'un bateau, cette transmission interhumaine a suffi à faire grimper le bilan.
Treize cas, trois morts
Au total, l'OMS a recensé treize cas — douze confirmés, un probable — et trois décès, soit un taux de létalité d'environ 23 %. Au fil de son itinéraire dans l'Atlantique Sud puis vers les Canaries, le navire a débarqué ses passagers, ensuite rapatriés dans une vingtaine de pays. Cette dispersion a transformé une flambée localisée en casse-tête sanitaire mondial.
Un traçage dans 33 pays
Pour éviter une diffusion silencieuse, l'OMS a coordonné une opération de suivi d'une ampleur inhabituelle : plus de 650 personnes-contacts ont été identifiées et suivies dans 33 pays et territoires. Les personnes les plus exposées ont été placées sous une quarantaine de 42 jours, soit deux fois la durée maximale d'incubation estimée du virus.
La date du 2 juillet n'a rien d'arbitraire : elle correspond à la fin de la période de surveillance des derniers contacts encore suivis. Au 24 juin, seule une cinquantaine d'entre eux n'avaient pas achevé leur quarantaine. Passé ce délai sans nouveau cas, l'OMS considérera l'épisode comme clos.
Une alerte sans panique
Tout au long de la crise, l'organisation a tenu à ne pas surjouer le risque. Son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a indiqué que rien n'indiquait une épidémie plus large, tout en rappelant la règle de prudence : isoler et prendre en charge sans délai toute personne présentant des symptômes.
L'épisode aura toutefois servi de signal d'alarme. Endémique en Amérique du Sud, surtout au Chili et en Argentine, le virus Andes y provoque un syndrome pulmonaire sévère, mais n'avait jamais déclenché un événement sanitaire d'une telle dimension internationale. Des échantillons ont été transmis aux laboratoires de référence de l'OMS afin d'accélérer la mise au point d'outils de diagnostic et, à terme, de traitements — un chantier longtemps resté secondaire faute de cas à cette échelle.



