Des capteurs faits maison dans les salles de techno

À chaque pic de chaleur, le même scénario se répète dans les écoles espagnoles : des classes transformées en fournaises, des élèves et des professeurs épuisés, et l'impossibilité de chiffrer le phénomène. C'est de cet épuisement qu'est née Aules que cremen (« les salles de classe qui brûlent »), une plateforme imaginée par un collectif d'enseignants de l'école publique catalane.

Le principe est artisanal et malin. Le projet, monté par un professeur de technologie et un développeur, détaille El Espectador, s'appuie sur des capteurs de température et d'humidité fabriqués avec le matériel disponible dans les ateliers de techno des établissements. Ils transmettent automatiquement leurs relevés vers une carte publique, consultable par tous, le tout en logiciels libres.

Combien d'écoles ? Les chiffres divergent

L'ampleur exacte du réseau reste à confirmer : « plus de 40 » établissements et une centaine de salles selon El Debate, « près de 300 » selon El Espectador — un écart sans doute lié à la montée en charge rapide du projet (À VÉRIFIER). Les températures relevées, elles, convergent : de 35 à 38 °C dans des salles où les cours se poursuivent.

Des températures « illégales »

Or le droit espagnol fixe une limite claire. Le décret royal de 1997 impose, pour les activités sédentaires, une température comprise entre 17 et 27 °C. Le syndicat USO dénonce une violation systématique des règles de prévention des risques, et réclame la suspension des cours au-delà de 27 °C, des plans de rafraîchissement financés et un droit d'interruption pour les personnels. Les créateurs de l'application pointent un vide juridique : aucune norme ne protège spécifiquement les élèves mineurs, contrairement aux salariés adultes. Au-delà de la climatisation, enseignants et syndicats demandent ventilation, ombrage et végétalisation des cours.

Le même défi en France

Le problème ne s'arrête pas aux Pyrénées. En France aussi, on parle de « bouilloires thermiques ». En Gironde, Rue89 Bordeaux a relevé pendant la vigilance canicule jusqu'à 41 °C dans un collège, et un pic à 48 °C dans un autre établissement. Le chantier est colossal : une large part des 60 000 établissements scolaires français serait concernée, pour un coût de rénovation estimé à plusieurs dizaines de milliards d'euros (À VÉRIFIER). Là encore, la climatisation, jugée insuffisante voire contre-productive pour les îlots de chaleur urbains, n'est qu'une partie de la réponse face à un défi devenu structurel : adapter l'école à un climat qui se réchauffe.