La Roumanie reste sans gouvernement de plein exercice. Lundi 22 juin au soir, le Premier ministre désigné Adrian Vestea a échoué à obtenir la confiance du Parlement, faute d'une majorité, prolongeant une crise politique ouverte depuis la chute du gouvernement précédent au début du mois de mai.

Un vote manqué, un parti désavoué

Pour être investi, Adrian Vestea devait réunir la majorité absolue des 464 sièges du Parlement réuni en séance commune. Il n'a obtenu qu'un peu moins de 190 voix, plus de la moitié des élus s'étant abstenus ou ayant quitté l'hémicycle avant le scrutin, rapporte France 24 (chiffres précis À VÉRIFIER).

Le paradoxe de cet échec tient à l'identité du candidat : Vestea est un membre de longue date du Parti national libéral (PNL), formation pro-européenne. Il a pourtant été désavoué par sa propre famille politique, comme le détaille Romania Insider : la direction du PNL a refusé de soutenir sa candidature, son président Ilie Bolojan qualifiant la nomination d'« action hostile ». Seuls le Parti social-démocrate (PSD) et les partis des minorités l'ont soutenu, sans suffire ; le parti d'extrême droite AUR a quitté l'hémicycle avant le vote.

Une crise enracinée depuis l'annulation de la présidentielle

L'échec de lundi n'est qu'un nouvel épisode d'une instabilité qui dure depuis fin 2024. La Cour constitutionnelle avait alors annulé le premier tour de l'élection présidentielle, invoquant une opération d'influence russe ayant favorisé un candidat nationaliste, rappelle l'Atlantic Council. Le scrutin rejoué au printemps 2025 a finalement vu le centriste pro-européen Nicusor Dan, maire de Bucarest, l'emporter face à George Simion, leader de l'AUR.

Cette séquence a laissé un pays fracturé, où l'extrême droite s'est durablement installée comme première force d'opposition. Sur le plan budgétaire, la Roumanie affiche l'un des déficits publics les plus élevés de l'Union européenne, ce qui a nourri une cure d'austérité contestée. C'est sur ce terrain que le gouvernement du libéral Ilie Bolojan est tombé début mai 2026, renversé par une motion de censure après le retrait du PSD de la coalition, selon Al Jazeera.

Et maintenant ?

Le président Nicusor Dan doit désormais désigner un nouveau candidat à la primature — Vestea était déjà sa deuxième tentative. Si une nouvelle désignation venait à échouer, le scénario d'élections législatives anticipées se rapprocherait, alors que le scrutin général n'est en principe prévu qu'en 2028. Le défi reste entier : trouver un attelage capable de réunir une majorité pro-européenne stable, dans un Parlement où le PNL et le PSD peinent à s'entendre et où l'AUR pèse de tout son poids. Chaque semaine sans gouvernement effectif fragilise un peu plus la capacité de Bucarest à mobiliser les fonds européens.