Il y a des artistes que la France a compris avant leur pays. Paolo Conte est de ceux-là, et son parcours a de quoi décourager tous les plans de carrière.
Vingt-cinq ans de barreau
Né le 6 janvier 1937 à Asti, dans le Piémont, il vient d'une famille de juristes : son père Luigi était notaire, passionné de musique.
Il fait donc ce qu'on attend de lui. Diplôme de droit à l'université de Parme, puis le métier d'avocat, qu'il exercera vingt-cinq ans, en parallèle de la musique. Ce n'est pas une anecdote biographique : c'est ce qui explique le reste. Conte n'a jamais eu à écrire pour vivre, et cela s'entend.
L'hymne qu'il a écrit pour un autre
Dans les années 1960, ce musicien de jazz se met à composer pour d'autres interprètes, avec le parolier Vito Pallavicini.
De cette collaboration naît la musique d'« Azzurro », devenue l'hymne officieux des Italiens, popularisée dans le monde entier par Adriano Celentano. Des générations la chantent dans les stades sans savoir qui l'a écrite, et son auteur ne s'est jamais plaint de cet anonymat.
Chanteur à trente-sept ans
Il faut attendre 1974 pour qu'il publie son premier album et se mette à interpréter ses propres compositions. Il a alors trente-sept ans, un âge auquel la plupart des carrières de chanteur sont déjà installées ou déjà finies.
La reconnaissance vient en 1979 avec « Un gelato al limon », puis l'album « Paris milonga » en 1981, qui contient « Via con me » et lance sa carrière internationale.
Sa manière est immédiatement reconnaissable : une voix râpeuse presque parlée, une écriture nourrie de jazz, des atmosphères exotiques et un usage de plusieurs langues, parfois inventées, où le son compte autant que le sens.
Pourquoi la France
Le lien avec Paris n'est pas anecdotique, et il figure dans son œuvre dès le titre de l'album de 1981.
La ville lui a remis sa Grande Médaille de Vermeil en 2011, distinction municipale rare pour un artiste étranger. Il faut y voir une reconnaissance de public autant que d'institution : le jazz vocal, le cabaret, l'ironie mélancolique, le refus de la performance vocale au profit du phrasé, sont des goûts que la France partage avec lui.
Il peint par ailleurs, et a reçu des doctorats honoris causa en littérature comme en beaux-arts. À quatre-vingt-neuf ans, il continue de tourner en Europe.
Ce que sa trajectoire dit du métier
Trois choses, et elles vont à rebours de ce qu'on répète aux jeunes artistes.
Il a commencé tard, à un âge où l'on conseille de renoncer. Il a gardé un métier alimentaire pendant un quart de siècle, ce qu'on présente comme un manque d'engagement. Et il a écrit son plus grand succès populaire pour quelqu'un d'autre, sans y voir un échec.
Ce que cela produit est audible : une œuvre qui ne doit rien aux modes parce qu'elle n'a jamais eu besoin de leur plaire.



