Tout le monde connaît la chanson, presque personne ne connaissait son auteur. Jean-Paul Dréau est mort à l'âge de 73 ans, a annoncé la presse ce mardi.
Nous avions écarté cette information ce matin, faute de confirmation : elle ne circulait alors que dans un seul groupe de presse et sa notice biographique ne mentionnait aucun décès. Elle est désormais rapportée par Le Monde, Le Parisien, Sud Ouest et d'autres rédactions.
Un chagrin, et une chanson
Né le 12 juin 1953 à Oran, en Algérie alors française, de son vrai nom Jean-Paul Elie Benchetrit, il avait commencé la guitare pendant ses études secondaires à Viroflay, dans les Yvelines, avec pour modèle Michel Polnareff, pour lequel il finirait par écrire.
Il compose « Le Coup de soleil » en 1978, sous le titre d'origine « Le Coup d'soleil ». L'origine du texte est d'une banalité qui explique peut-être sa portée : sa compagne était partie aux États-Unis et il était, selon ses mots, malheureux comme une pierre.
Richard Cocciante l'enregistre et la sort au printemps 1980. Elle atteint la septième place des classements français et se vend à plus de 250 000 exemplaires. Elle n'a jamais vraiment quitté les ondes depuis, et a été reprise par Lorie en 2012 et par Vincent Delerm, entre autres.
Une carrière entière derrière les interprètes
Réduire Jean-Paul Dréau à ce titre serait injuste, même si c'est ce que la mémoire collective a retenu.
Auteur, compositeur, chanteur et producteur, il a collaboré à l'album Bulles de Michel Polnareff, composé « Tout doucement » pour Bibie, et signé la chanson française de l'Eurovision 1997, « Sentiments songes », interprétée par Fanny, qui termina septième sur vingt-cinq pays.
Sa liste de collaborations traverse les décennies et les genres : Chimène Badi, Sheila, Elton John, et beaucoup d'autres depuis la fin des années 1970.
Le métier le plus invisible de la chanson
Il y a une leçon dans ce parcours, et elle vaut d'être dite le jour où l'on apprend sa mort.
La chanson française fonctionne, depuis toujours, sur une division du travail que le public ignore largement. L'interprète a le visage, la voix et le nom sur l'affiche. L'auteur-compositeur, lui, écrit, puis disparaît derrière le succès de quelqu'un d'autre. Demandez autour de vous qui a écrit « Le Coup de soleil » : vous obtiendrez le nom de Cocciante.
Ce n'est pas une injustice au sens strict, c'est le contrat. Mais cela rend d'autant plus utile de nommer, une fois, ceux qui ont fourni la matière première. Une chanson que le pays chante encore quarante-six ans plus tard est née d'un chagrin d'amour très ordinaire, dans la tête d'un jeune homme de vingt-cinq ans que sa compagne venait de quitter pour l'Amérique.
C'est à peu près tout ce qu'on peut demander à une chanson, et c'est beaucoup.



