C'est une des questions que l'on pose sans jamais chercher la réponse. Une contrariété, un deuil, une mauvaise nouvelle : est-ce que cela fait vraiment blanchir les cheveux ? La réponse tient en une phrase, mais elle mérite qu'on la détaille.

Ce qui se passe dans le follicule

La couleur du cheveu ne vient pas du cheveu lui-même. Elle vient de mélanosomes, produits par des cellules spécialisées, les mélanocytes, situées dans le follicule pileux. Le cheveu qui pousse est incolore ; le pigment lui est injecté au fur et à mesure.

Le blanchiment, que les médecins appellent la canitie, procède de deux mécanismes : d'une part l'apoptose des cellules souches, autrement dit leur mort programmée, qui tarit le stock de mélanocytes disponibles ; d'autre part une différenciation trop précoce de ceux qui restent, ce qui compromet leur fonctionnement.

S'y ajoute un phénomène chimique élégant et implacable. Le peroxyde d'hydrogène naturellement produit par l'organisme, le même composé que l'eau oxygénée, s'accumule dans le follicule et inhibe la synthèse du pigment en attaquant la tyrosinase, l'enzyme responsable de la fabrication de la mélanine. Le cheveu se décolore, littéralement, de l'intérieur.

Ce qui déclenche le processus

Ici, l'essentiel est ailleurs que dans les habitudes de vie : l'apparition de la canitie semble largement programmée génétiquement et héréditaire. Si vos parents ont blanchi tôt, vous blanchirez probablement tôt, et l'inverse est vrai.

Des causes pathologiques existent : maladies auto-immunes, troubles thyroïdiens, vitiligo, divers syndromes génétiques. Elles concernent une minorité de cas, mais elles justifient d'en parler à un médecin quand le blanchiment survient très jeune et brutalement.

Un seul facteur de mode de vie ressort clairement : le tabac, susceptible d'accélérer le processus.

Et le stress, alors ?

Voilà la réponse attendue, et elle est nette : le stress manque de preuve scientifique comme facteur d'accélération.

Cela ne signifie pas que l'hypothèse soit absurde ni définitivement écartée, la recherche continue de s'y intéresser. Cela signifie qu'à ce jour, l'affirmation courante selon laquelle « les soucis font blanchir » n'est pas établie, et qu'elle relève davantage de l'observation confuse que de la démonstration. Les périodes difficiles de la vie coïncident souvent avec la quarantaine et la cinquantaine, c'est-à-dire avec le moment où la canitie apparaît de toute façon.

Le mythe de la nuit blanche

Reste la version spectaculaire de la légende, celle de la chevelure qui blanchit d'un coup après une frayeur, associée dans l'imaginaire français à Marie-Antoinette avant l'échafaud.

Ce blanchiment soudain d'une nuit à l'autre n'a jamais été observé scientifiquement. Et il ne le pourrait pas : un cheveu déjà poussé est une structure morte, sa couleur y est fixée, rien ne peut la retirer en quelques heures.

Une explication partielle existe cependant, et elle est intéressante. Une réaction auto-immune peut faire tomber sélectivement les cheveux encore pigmentés, en épargnant les blancs. Aucun cheveu n'a changé de couleur ; il en reste simplement une proportion très différente, et l'effet visuel, sur quelques semaines, peut être saisissant.

Peut-on revenir en arrière ?

La canitie physiologique, celle de l'âge, est irréversible, et il n'existe aucun traitement médical.

Des recolorations temporaires ont toutefois été observées dans deux situations : après la guérison d'un processus inflammatoire, et lors de la repousse qui suit une chute de cheveux due à une chimiothérapie. Ce sont des exceptions documentées, pas une piste thérapeutique.

La recherche, elle, s'intéresse au rôle de deux protéines, SCF et Krox20, dans le contrôle de la pigmentation. C'est de ce côté que viendra un éventuel traitement, s'il vient. En attendant, la seule action prouvée sur le calendrier de vos cheveux blancs consiste à ne pas fumer.