Le rayon des crèmes solaires est un des rares endroits où l'on achète un nombre sans savoir ce qu'il mesure. Voici ce que ce nombre veut dire exactement, et pourquoi il induit presque tout le monde en erreur.
Ce que mesure le SPF
Le facteur de protection solaire mesure la protection contre le coup de soleil, c'est-à-dire essentiellement contre les UVB.
La méthode est standardisée à l'échelle internationale depuis 2006. Elle consiste à appliquer une quantité précise de produit sur le dos de volontaires, à les exposer à des doses croissantes d'ultraviolets, et à comparer la dose nécessaire pour provoquer une rougeur avec et sans protection. C'est ce que les spécialistes appellent la dose érythémale minimale.
Retenez ce mot : érythémale. Le SPF est un indice de coup de soleil, pas un indice de vieillissement cutané ni de risque de cancer. Ce n'est pas la même chose, et c'est le premier malentendu.
L'échelle n'est pas linéaire, et c'est le point essentiel
Voici les chiffres réels de filtration des UV érythémateux :
- SPF 15 : 93 % arrêtés, donc 7 % passent
- SPF 30 : 97 % arrêtés, donc 3 % passent
- SPF 50 : 98 % arrêtés, donc 2 % passent
Deux lectures en découlent, et elles sont toutes les deux vraies.
Lue en pourcentage arrêté, la différence entre 30 et 50 est ridicule : un point. Beaucoup de gens en concluent que payer plus cher pour un 50 ne sert à rien.
Lue en pourcentage transmis, la même différence est de 50 % : un SPF 30 laisse passer une fois et demie plus d'UVB qu'un SPF 50, et un SPF 15 en laisse passer trois fois et demie plus. Sur une journée entière au bord de l'eau, c'est cet écart-là qui compte, parce que ce qui abîme la peau, c'est la dose cumulée qui arrive.
Ce qui est en revanche parfaitement faux, c'est l'idée intuitive qu'un 50 protège deux fois mieux qu'un 25. L'indice n'est pas un multiplicateur de protection : c'est le rapport entre la dose qui brûle avec crème et la dose qui brûle sans.
Pourquoi « écran total » est interdit
L'expression a disparu des emballages européens, et pour une bonne raison : elle est fausse.
Aucun produit ne bloque 100 % des ultraviolets. Le maximum affichable est 50+, qui signifie simplement « mesuré au-delà de 50 », sans plus de précision. La réglementation européenne interdit donc la mention écran total, qui laissait croire à une immunité, et avec elle à des durées d'exposition illimitées.
Elle impose aussi deux garde-fous moins connus, et qui sont ceux qu'il faut vraiment vérifier sur un tube :
La protection UVA doit valoir au moins un tiers du SPF affiché. Les UVA pénètrent plus profondément, ne provoquent pas de rougeur immédiate, et sont impliqués dans le vieillissement cutané. Un produit qui protège bien du coup de soleil et mal des UVA serait le pire des cas : il vous laisserait rester au soleil sans signal d'alarme.
La longueur d'onde critique doit atteindre au moins 370 nanomètres, ce qui garantit que la protection couvre bien l'ensemble du spectre UVA et pas seulement sa marge basse.
Concrètement, cherchez le logo UVA cerclé. C'est lui qui atteste ces deux exigences.
L'erreur que presque tout le monde commet
Elle est simple, massive, et elle annule tout le reste : on n'en met pas assez.
L'indice mesuré en laboratoire suppose une application de 2 milligrammes de produit par centimètre carré de peau. Faisons l'arithmétique, en ordre de grandeur : un adulte en maillot expose de l'ordre de 1,5 à 1,8 mètre carré de peau, soit 15 000 à 18 000 centimètres carrés. À 2 mg par centimètre carré, cela représente 30 à 36 grammes de crème par application, l'équivalent de cinq à sept cuillères à café, ou grosso modo un tube de 200 ml pour six applications d'une seule personne.
Personne ne fait cela. La plupart des gens appliquent deux à trois fois moins, et la protection réellement obtenue chute bien en dessous de l'indice acheté. Un SPF 50 appliqué au tiers de la dose ne vaut pas 17 : la relation n'est pas proportionnelle non plus, mais elle est franchement défavorable.
Ce qu'il faut en faire, en pratique
Trois conclusions, et elles tiennent en trois phrases.
Achetez un indice élevé, 50 ou 50+, parce que la marge d'erreur d'application est énorme et que l'indice élevé absorbe une partie de votre négligence. Mettez-en beaucoup plus que ce que vous croyez nécessaire, et renouvelez après chaque baignade et toutes les deux heures. Et surtout, ne traitez jamais la crème comme une autorisation de rester au soleil : le seul geste qui divise vraiment la dose reçue reste l'ombre entre midi et seize heures.


