Dans la liste des moyens engagés sur le feu du Gros Bessillon, publiée cet après-midi par la préfecture du Var, une ligne détonne : quarante et un sapeurs-pompiers roumains. Le détail passe inaperçu dans un communiqué opérationnel. Il mérite pourtant qu'on s'y arrête, parce qu'il révèle une machinerie que peu de gens connaissent.
Un mécanisme né en 2001
Le dispositif s'appelle le mécanisme de protection civile de l'Union européenne, créé le 23 octobre 2001. Il réunit trente-sept États participants : les vingt-sept membres de l'Union, plus dix pays européens qui n'en font pas partie, parmi lesquels la Norvège, l'Islande, la Turquie, la Serbie, le Monténégro, la Macédoine du Nord, l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Moldavie et l'Ukraine.
Son principe est simple, et volontairement modeste : il ne s'agit pas d'une force européenne permanente, mais d'un système d'appel. Quand une catastrophe dépasse les capacités de réponse d'un pays, celui-ci peut demander de l'aide, et les autres proposent des moyens.
Le centre qui décroche à toute heure
La pièce maîtresse est le Centre de coordination de la réaction d'urgence, l'ERCC, qui fonctionne en continu. C'est lui qui reçoit les demandes, les met en regard des offres disponibles, et organise l'acheminement.
Sa charge n'est pas mince : il traite simultanément les sollicitations d'États frappés par des catastrophes, d'agences des Nations unies et d'organisations internationales, partout dans le monde. Le mécanisme n'est pas réservé à l'Europe, il a été activé pour l'épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest en 2014 comme pour le séisme au Népal en 2015.
Une réserve de moyens mutualisés
Au fil des années, l'Union a cessé de se contenter de mettre en relation les États. Elle a constitué une réserve commune de capacités spécialisées.
Le pool européen de protection civile comprend ainsi des pompes de forte capacité, des unités de potabilisation de l'eau, des équipes de recherche et de sauvetage, des unités médicales d'urgence, des moyens de détection de matières dangereuses, et des avions de lutte contre les feux de forêt.
Cette mutualisation aérienne a une logique économique implacable. Un Canadair coûte cher, sert quelques mois par an, et les saisons de feux ne culminent pas partout en même temps. Partager une flotte entre pays méditerranéens revient à mieux utiliser un matériel rare.
Le précédent portugais, et le retour d'ascenseur
Ce mécanisme s'est illustré à plusieurs reprises sur des incendies, notamment lors des feux de forêt qui ont ravagé le Portugal en 2017.
Ce qu'il faut comprendre, et qui explique la présence roumaine dans le Var, c'est que le système fonctionne dans les deux sens. La France, qui dispose d'une sécurité civile parmi les mieux dotées d'Europe, est régulièrement contributrice : elle envoie des colonnes et des moyens aériens chez ses voisins quand ils brûlent. Cet été, sur un feu qui a mobilisé 1 500 pompiers pendant plus d'une semaine et a connu deux reprises, c'est elle qui reçoit.
Il y a une leçon simple là-dedans, et elle vaut au-delà des incendies. Les moyens de secours sont dimensionnés pour une saison normale. Quand les saisons cessent d'être normales, aucun pays ne tient seul, et la coopération cesse d'être un supplément d'âme pour devenir une condition d'efficacité.
Les quarante et un Roumains de Correns et la cinquantaine de renforts venus d'autres départements français, jusqu'à Mayotte, disent la même chose : ce feu a dépassé ce que le Var pouvait absorber.



